‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 140 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

core éveillé, jusqu'à l'idée qui m'occupait au moment de mon réveil, et cela sans rien perdre des différentes choses que j'ai cru voir, entendre ou faire successivement. Voici ce qui s'est passé : Étant encore éveillé, mais tout près de m'endormir, j'ai pensé vaguement à la visite que nous devions faire demain matin au château d'Ors... et la grande allée des marronniers par où l'on y arrive s'est présentée à mon souvenir. D'abord je l'ai vue comme dans un brouillard. Et puis j'ai distingué nettement des arbres avec leurs feuilles bien vertes et bien découpées. Seulement ce n'était plus l'allée des marronniers d'Ors..., mais, je crois, une allée des Tuileries ou du Luxembourg. Beaucoup de gens s'y promenaient. J'y reconnus M. R... avec Alexisde B. . . et je me misa causer avec eux. Pendant ce temps, des jardiniers ou bûcherons travaillaient à déraciner un gros arbre mort. Ils nous crièrent de nous éloigner, parce que l'arbre pourrait tomber de notre côté. Aussitôt, et avant même que nous ayons fait un pas pour nous ranger, je vis l'arbre écraser mes compagnons, et l'émotion que j'en ressentis m'éveilla.

« Je me crois bien sûr d'avoir compris, cette fois, comment on s'endort et comment le rêve commence. »

Je continue d'emprunter des exemples à mes cahiers de notes :

a Je ferme les yeux pour m'endormir en pensant à quelques objets que j'ai remarqués, le soir même, dans une boutique de la rue de Rivoli; les arcades de cette rue me reviennent en mémoire, et j'entrevois comme des arcades lumineuses qui se répètent et se dessinent au loin. Bientôt c'est un serpent couvert d'écaillés phosphorescentes qui se déroule aux yeux de mon esprit. Une infinité d'images indécises lui servent de cadre. Je suis encore dans la période des choses confuses. Les tableaux s'effacent et se modifient très-rapidement. Ce long serpent de feu a pris l'aspect d'une longue route poussiéreuse, brûlée par un soleil d'été. Je crois aussitôt y cheminer moi-même, et des souvenirs d'Espagne sont ravivés. Je cause avec un muletier portant la mania sur l'épaule ; j'entends les clochettes de ses mules; j'écoute un récit qu'il me fait. Le paysage est en rapport avec le sujet principal ; dès ce moment la transition de la veille au sommeil est complètement opérée. Je suis en plein dans l'illusion d'un rêve lucide. J'offrais au muletier un couteau, qui semblait lui plaire, en échange d'une fort belle médaille antique qu'il me montrait, quand je fus tiré tout à coup de mon sommeil par une cause extérieure. Il y avait dix minutes environ que je dormais, selon que la personne qui m'éveilla le put apprécier. »

\utre rêve : « J'étais très -fatigué, ayant passé

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