‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 146 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

paient alors votre pensée; comparez-les à ceux dont vous conservez le souvenir le matin en vous éveillant, et vous serez frappé de la vérité de ces observations pratiques.

« Les physiologistes, » dit M. Lemoine à propos du somnambulisme, « ont remarqué que tandis que les rêves ordinaires naissent plus particulièrement dans le dernier sommeil, les accès somnambuliques, au contraire, se présentent presque aussitôt après l'assoupissement. » (Page 280.)

Cette remarque des physiologistes me paraît d'une naïveté tout à fait charmante. Ils oublient seulement de nous dire pourquoi nous aurions plus de confiance dans leurs remarques qu'ils n'en ont eux-mêmes dans la déclaration de ce somnambule, qui, lui aussi, ne se souvient que de ses rêves du matin. N'est-il pas bien plus présumable que l'accès du somnambulisme a lieu précisément dans le temps où les rêves se produisent avec le plus d'énergie? D'où cette double conséquence que les rêves les plus vifs auraient lieu dans le premier sommeil qui est le plus profond, et que plus le sommeil serait profond , plus il serait difficile d'en garder le souvenir.

En résumé :

A quelque moment de mon sommeil que je me sois éveillé ou fait réveiller, j'ai toujours eu le sentiment d'un rêve interrrompu.

Un très-grand nombre de fois, j'ai retrouvé toute la filière qu'avait suivie l'association de mes idées durant une période de cinq à dix minutes, écoulée entre le moment où j'avais commencé à m'assoupir et celui où j'avais été tiré d'un rêve déjà formé, c'est-à-dire depuis l'état de veille absolue jusqu'à celui de sommeil complet. Et plusieurs amis, sollicités par moi de faire les mêmes expériences, m'ont affirmé avoir obtenu les mêmes résultats.

Réveillé après plus d'un quart d'heure de sommeil, je n'ai jamais pu remonter sûrement le cours de mes visions jusqu'à cette période hypnagogique, qui avait dû servir de point de départ. J'ajouterai qu'ayant eu l'occasion de réveiller souvent une personne qui rêvait tout haut, de telle sorte qu'elle-même me fournissait ainsi tout en dormant un point de repaire dans ses rêves, j'ai constamment observé, en l'interrogeant aussitôt sur ce qu'elle venait de rêver, que ses souvenirs ne remontaient presque jamais au delà d'un laps de cinq à six minutes.

Ce temps si court suffit cependant pour laisser dans notre esprit des impressions qui semblent correspondre à l'écoulement d'une journée entière, car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, on juge du temps accompli par le nombre et la nature des événements qui ont paru se succéder.

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