TROISIÈME PARTIE
le souvenir de ce songe odieux se ranimait aussitôt ; je jetais les yeux sur la porte, el la pensée de ce que je redoutais de voir apparaître ayant précisément pour effet d'en provoquer la réapparition subite, le même spectacle et les mêmes terreurs se renouvelaient de la même façon. J'en étais d'autant plus affecté à mon réveil que, par une fatalité singulière, cette conscience de mon état, que j'avais dès lors si souvent pendant mes rêves, me faisait constamment défaut quand celui-ci revenait. Une nuit pourtant, à son quatrième retour, et au moment où mes persécuteurs allaient recommencer leur poursuite, le sentiment de la vérité se réveilla tout à coup dans mon esprit; le désir de combattre ces illusions me donna la force de dompter ma terreur instinctive. Au lieu de fuir, et par un effort de volonté assurément très-caractérisé en cette circonstance, je m'adossai donc contre la muraille, et je pris la résolution de contempler avec une attention fructueuse les fantômes que jusqu'alors j'avais plutôt entrevus que regardés. Le premier choc moral fut assez violent, je l'avoue, tant l'esprit, même prévenu, a peine à se défendre d'une illusion redoutée. Je fixai mes regards sur le principal assaillant, qui ressemblait assez à l'un de ces démons hérissés et grimaçants sculptés aux porches des cathédrales, et l'amour de l'étude l'emportant
déjà sur toute autre émotion, je pus observer ce qui suit: le monstre fantastique s'élait arrêté à quelques pas de moi, sifflant et gambadant d'une façon qui tournait au burlesque dès qu'elle n'était plus effrayante. Je remarquai les griffes de l'une de ses mains ou pattes, comme on voudra les appeler, au nombre de sept et très-nettement dessinées. Les poils de ses sourcils, une blessure qu'il semblait avoir à l'épaule, et une infinité d'autres détails offraient une précision qui permettait de ranger cette vision parmi les plus lucides. Etait-ce la réminiscence de quelque basrelief gothique? En tout cas mon imagination y avait ajouté le mouvement et la couleur. L'attention que j'avais concentrée sur cette figure avait eu pour résultat de faire évanouir comme par enchantement ses acolytes. Elle-même parut bientôt ralentir ses mouvements, perdre sa netteté, prendre un aspect cotonneux, et se changer enfin en une sorte de dépouille flottante, pareille à ces costumes fanés qui servent d'enseigne aux magasins de déguisements pendant le carnaval. Quelques tableaux insignifiants se succédèrent, et puis je me réveillai. »
Ce rêve ne se renouvela plus, spontanément du moins; mais il fut pour moi l'occasion d'une autre expérience, plus concluante encore peut être, touchant les effets sur la trame de nos songes de la