TROISIÈME PARTIE
« Je me crois dans une auberge d'Angleterre, causant en anglais avec mon hôte. Il me parle très vite et d'abondance. Je le comprends très-bien, tout en ayant quelque peine à le suivre. Mais je cherche mes mots pour lui répondre, certaines expressions me manquent, mon oreille saisit une grande différence entre ma prononciation vicieuse, et celle du véritable Anglais que j'ai pour interlocuteur.»
— « Je rencontre dans la rue un jeune homme qui me paraît être de ma connaissance, je l'aborde; nous nous serrons la main, nous nous regardons attentivement. — (Mon rêve est trèslucide.) — Mais je ne vous connais pas du tout, me dit alors ce personnage, en continuant sa route. — Et moi, très -confus, je suis forcé de m 'avouer qu'en effet je ne le connaissais nullement. »
Dans le premier de ces deux rêves, ma mémoire trouve, pour faire parler une langue étrangère à un être imaginaire, une facilité d'élocution que je ne possède pas moi-même, à l'état de veille, et qu'elle ne me prêle point d'ailleurs, dans ce même rêve, pour mes propres discours.
Dans le second, elle tire tout à coup de ses casiers une image quelle reconnaît vaguement de prime abord, mais qu'elle ne parvient pas ta identifier ensuite; et l'imagination place dans la bon-
clje de ce personnage problématique la réflexion qui m'est inspirée par la défaillance subite de ma mémoire elle-même.
Je lis encore dans mon journal une observation qui me paraît se lier assez naturellement aux précédentes :
« Je crois m'entretenir avec une personne que j'ai rencontrée jadis dans une ville d'eaux et je la prie de m'aider à' retrouver le nom d'un château en ruines très-pittoresque, autour duquel nous avons été ensemble nous promener. Elle ne se souvient de rien. Je lui rappelle plusieurs particularités capables de raviver ses souvenirs. Elle persiste à ne savoir ce que je veux dire, ou bien me cite des noms étrangers à celui que je cherche; et, moi, je m impatiente et je m'irrite, ne comprenant pas comment, à l'aide d'indications aussi précises, elle ne parvient pas à me renseigner sur ce que je lui demande. »
N'est-ce point ici une sorte de querelle entre le moi etYune de ses facultés, personnifiée en dehors de lui-même ? L'étude de la façon dont s'opère le travail de l'esprit, dans de pareils rêves, ne seraitelle point de nature à faciliter celle des facultés de l'entendement chez l'homme éveillé ?
Il suffit du reste qu'un acte de la mémoire, en rêve, semble dépasser la mesure habituelle des forces de cette faculté à l'état de veille , pour