TROISIÈME PARTIE
que l'imagination soit très-disposée à expliquer le fait par quelque cause placée en dehors de nous.
C'est ainsi que m'étant remémoré tous les détails d'une discusion scientifique, dont j'avais été témoin quelques années auparavant, je me figurai qu'une relation écrite m'en était lue. Dans un autre songe non moins lucide, où toute une série de petits faits anecdotiques sur un sujet d7histoire m'était revenue très-nettement et très-méthodiquement à la mémoire, j'imaginai que j'en écoutais le récit de la bouche d'un professeur en chaire. Particularité bien remarquable, et qui montre à quel point nous sommes loin de soupçonner notre propre acquis, je croyais entendre pour la première fois tout ce que je me racontais ainsi à moimême; j'en trouvais l'inattendu plein de charme, et j'admirais l'amusante érudition de l'orateur.
Dans un autre rêve : « Je crois interroger une somnambule sur plusieurs questions qui m'intéressent très-fort. Elle répond à tout avec une connaissance de mes plus secrètes pensées dont je demeure abasourdi- Elle me donne des conseils et des éclaircissements qui me frappent par leur justesse, .l'étais étonné de n'avoir pas deviné moimême les vérités qui m'étaient démontrées, et cependant la mise en lumière de ces vérités n'était que le résultat des rapprochements et des déductions opérés dans mon propre esprit. >•
3fc0 LES RÊVES.
A l'égard de tous ces discours tenus par les personnages de nos songes, remarquons encore que le fait d'être l'expression de nos propres pensées n'empêche point qu'ils ne renferment souvent pour nous beaucoup d'imprévu réel. Les réponses du personnage imaginaire avec lequel nous croyons nous entretenir se formant en quelque sorte à notre insu, sans aucun effort de notre part, et par le seul effet de l'association des idées, il en peut résulter des raisonnements et des retours de mémoire qui nous étonnent, parce que nous ne les aurions jamais faits étant éveillés.
11 arrive aussi très- souvent qu'une phrase ou même un mot de ces conversations nous jette tout à coup dans un rêve tout différent, en évoquant instantanément un autre ordre d'idées, et cela par une si brusque transition, que nous ne songeons même plus à la question qui a motivé ce changement à vue.
L'illusion de nous croire étrangers au travail de notre propre mémoire accroît d'ailleurs sensiblement la puissance de cette faculté, toujours d'autant plus expansive qu'elle se développe plus spontanément. Ce qui se passe en rêve est alors assez conforme à ce que nous pouvons observer à l'état de veille, où, pour retrouver quelque motif musical ou ressaisir quelques vers, quelques fragments littéraires qui nous échappent, nous ne sa-