TROISIÈME PARTIE
vons rien de mieux que d'essayer de répéter ce peu que nous nous en rappelons tout machinalement. Nous invitons ainsi notre mémoire à se tirer d'affaire elle-même; nous reconnaissons instinctivement que les efforts de notre attention ne serviraient qu'à Ja troubler ou à la dérouter.
Les exemples qui précèdent ont peut-être déjà résolu, dans le sens de l'affirmative , la question de savoir si la mémoire acquiert pendant le sommeil un degré de puissance qu'elle n'a jamais chez l'homme éveillé. Passons en revue maintenant quelques relations de songes, où la puissance créatrice de l'imagination soit particulièrement mise en jeu.
« Je crus voir, en rêve, une jeune fille vêtue à l'antique, qui jouait sans se faire aucun mal avec plusieurs morceaux de fer rougis au feu. Chaque fois qu'elle y touchait, de longues flammèches demeuraient un instant suspendues à ses doigts, et quand elle frottait ensuite ses mains l'une contre l'autre, il en jaillissait une pluie d'étincelles qui s'éparpillaient avec bruit. »
Il est évident que je n'ai rien pu voir de semblable dans la vie réelle, du moins quant à l'ensemble de ce tableau; cependant, chacune des images qui composaient cet ensemble a pu être isolément recueillie par ma mémoire. J'ai pu voir dans quelque tableau véritable, une jeune fille vê-
tue de la même manière. J'ai certainement vu en réalité des flammèches, des étincelles, etc. Ce rêve composé ne présente donc rien de concluant, quant à la puissance créatrice de l'imagination ; mais étudions cet autre : peu importe qu'il soit absurde et puéril dans la forme, s'ii est probant quant au fond.
« Un appareil en verre d'une forme bizarre est posé devant moi, sur une table très-basse. 11 paraît rempli dveau, et je ne sais quel personnage m'apprend que ce liquide a le pouvoir de rendre transparents, sans pour cela leur ôter la vie, tous les animaux qu'on y plonge durant quelques instants. Je m'étonne et j'émets des doutes; chose assez naturelle. Un chat miaulait, en ce moment, dans un coin de la chambre ; je le prends, je le jette dans l'appareil, et j'examine le résultat. Or, je vois l'animal perdre peu à peu son premier aspect pour devenir lumineux, translucide, diaphane, enfin, comme le cristal même. Il semble tout à fait à son aise au milieu du récipient ; il nage, il s'allonge, il attrape bientôt une souris transparente comme lui, que je n'avais point encore aperçue ; et, grâce à la transmutation singulière opérée chez ces deux êtres, je distingue les débris du malheureux rongeur qui descendent dans l'estomac de son féroce ennemi. »
Ai -je jamais pu voir en réalité rien de semblable ? A. supposer même que l'idée de cette diges-