‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 171 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

tion apparente ait pu m'être suggérée par de vagues souvenirs du microscope à gaz, mon imagination a toujours pris à ce rêve une part bien caractérisée, puisque c'est un chat très-distinct et non pas un animalcule infusoire que j'ai contemplé curieusement.

Une autre nuit, qui suivit un jour où j'avais regardé longtemps et très-attentivement une collection de porcelaines de Chine, « je vis en rêve une foule de petites figurines lilliputiennes, construites et vêtues avec toute la bizarrerie de proportions, de formes et de couleurs qui caractérise la peinture céramique du Céleste Empire. Tout cela marchait, se mouvait, agissait, se montrait, en un mot, sous des aspects tout à fait différents de ceux que ma mémoire aurait pu retenir d'une façon stéréotype. »

Je passe une dizaine d'exemples analogues, et j'arrive à quelques dernières observations, de date plus récente, qui achevèrent de porter la conviction dans mon esprit : « Je me sentais bien endormi; tous les petits objets qui meublent mon cabinet de travail s'offraient nettement aux yeux de ma pensée. Arrêtant alors mon attention sur un plateau de porcelaine d'une grande originalité de décors, qui me sert à poser mes crayons et mes plumes, et qui est parfaitement intact, je me pris tout à coup à faire le raisonnement que voici : jamais je n'ai pu voir cette procelaine autrement

qu'entière. Qu'arriverait-il donc, si je la brisais dans mon rêve ? Comment mon imagination se représenterait-elle le plateau brisé? J'exécute aussitôt l'acte imaginaire de le mettre en pièces. J'en saisis les morceaux, je les examine attentivement; j'aperçois les cassures avec leurs arêtes vives, je distingue les figures décoratives divisées par des brisures dentelées, et incomplètes en plusieurs endroits. Rarement j'avais rien rêvé d'aussi lucide. Bientôt je tombai et, pendant quelques instants, je demeurai dans une illusion qui montre assez bien, du reste, quelles intermittences de conscience et d'oubli de ma situation je subis alternativement en rêvant. Impatient de consigner ce que je venais d'observer, je croyais avoir déjà pris la plume, et je continuais mon rêve en me figurant que j'écrivais la relation de ce rêve lui-même. Bientôt je recouvrai le sentiment de ma situation véritable; je fis un effort qui secoua le sommeil, et je me réveillai pour de bon. »

— « Je me regardais dans un miroir magique où je me vis tour à tour sous les aspects les plus différents : coiffé et rasé de toute manière, rajeuni d'abord et singulièrement embelli, ensuite bouffi, jauni, malade, édenté, vieilli de vingt ans. Mon visage passait graduellement par ces modifications successives, et prit enfin une expression si effrayante que je m'éveillai en sursaut. »

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