‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 178 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

siasmés, je suis persuadé que leur déception serait complète, du moins dans le plus grand nombre des cas. C'est là un second point à l'égard duquel je me suis formé une opinion assez arrêtée, tant par mes observations personnelles que par celles d'un de mes amis, auteur aimé du public^ qui s'étant appliqué à se remémorer ses rêves et en ayant acquis une grande babitude, me raconta, entre autres faits, celui qui suit :

Il avait rêvé qu'il se sentait en verve, que des vers cbarmants naissaient pour ainsi dire d'euxmêmes sous sa plume, qu'il venait surtout d'improviser une petite pièce qui lui semblait un cbef-d'œuvre. La joie l'éveille; la crainte d'oublier stimule sa mémoire ; il récite tout baut en s'éveillant les deux dernières strophes (les seules qu'il ait pu se rappeler), il les répète, il les écrit les yeux à demi ouverts. Quelle est donc sa surprise de lire ensuite, à tête reposée, ce que voici :

Le cygne aux ailes d'or étalait sa richesse, Et courait dans les fleurs au lieu de voltiger ; Moi, je voulais cueillir la forme enchanteresse De celle qui fuyait comme un sylphe léger.

L'air était parfumé de sable aux couleurs vives, Et le sentier neigeux se perdait dans les lis. Je glissais mollement comme une ombre qui passe, Le cœur noyé d'amour et les yeux éblouis.

Cette incohérence dans les idées, ce singulier oubli de la rime, il ne s'en était pas même aperçu avant de s'éveiller. Des images séduisantes par leur éclat, par leur grâce, par leur étrangeté féerique captivaient trop vivement son attention pourqu'il pût la fixer ailleurs. Il croyait poursuivre une forme enchanteresse à travers un jardin magique. II croyait lui-même avoir des ailes. Son cœur débordait de sensations délicieuses : L'ivresse morale était à son comble. Ses vers suivaient le désordre de ses pensées; les mots qu'il employait le charmaient parce que n'ayant ni le temps, ni la liberté d'en peser la valeur intrinsèque, il confondait dans le même enthousiasme et ce qu'il avait voulu rendre, et ce qu'il avait réellement rendu.

Telle est du moins la façon dont je m'explique ce genre d'illusions très-fréquent dans nos rêves, que plus de vingt observations personnelles m'ont permis d'analyser.

S'agit-il de concevoir la composition d'un tableau, d'écouter pour ainsi dire intérieurement une inspiration musicale , de suivre en ligne droite, une série de déductions mathématiques, de procéder par voie d'intuition, ou de progression simple? Le travail exécuté en rêve sera quelquefois supérieur à celui-là même qu'on aurait accompli étant éveillé. Mais s'il s'agit d'ouvrages

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