‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 179 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

qui exigent, tout à la fois, le libre usage d'une saine critique, d'une inspiration contenue et d'un jugement réfléchi, j'estime qu'il en sera tout différemment.

L'exaltation de certains sentiments, qui est le propre de ces sortes de rêves, ne se produit point sans en atténuer considérablement certains autres, et sans rompre ainsi le juste équilibre d'appréciations qui constitue le goût.

Tous ceux qui écrivent ou qui ont écrit savent qu'il existe deux éléments bien distincts dans le travail littéraire : la conception du sujet, qui peut être rapide ou même instantanée; l'expression qui, si facile qu'elle soit, exige toujours cependant un peu d'attention et du travail. Or, sous l'influence d'un rêve enthousiaste, la beauté du sujet qui nous occupe consiste le plus souvent dans l'extrême sensibilité avec laquelle nous en sommes pénétrés; quant à l'expression, elle est rarement heureuse. De même, certaines plaisanteries, certains jeux de mots, qui nous paraissaient charmants en songe, se réduisent, la plupart du temps, à des platitudes si l'on s'en souvient au réveil.

Constater par soi-même la vérité de cette assertion ne sera pas difficile. En pénétrer les causes demeurera nécessairement plus problématique.

L'esprit si rapidement emporté, si fortement occupé par la vivacité des sensations ou des images dont il perçoit instantanément toutes les délicatesses, est-il trop complètement absorbé pour trouver l'expression, ainsi que nous venons de le supposer; ou bien, les mots qu'il choisit se présenteraient-ils à son esprit avec tout un cortège mnémonique d'impressions particulières, que l'association des idées y aurait attachées dans ses souvenirs?

A qui de nous n'est-il pas arrivé, en lisant quelques phrases ou quelques mots d'un livre qui ne nous émotionnait par lui-même en aucune façon, de sentir tout à coup réveillées par ces mots ou ces paroles insignifiantes des réminiscences agréables ou pénibles, qui se retraçaient spontanément dans notre mémoire avec une extrême vivacité? La même lecture n'eût rien produit sur toute autre personne que nous-même, et nous ne saurions plus nous expliquer l'émotion que nous avons éprouvée, si nous venions à relire ensuite les mêmes passages, sans être sous l'impression des mêmes souvenirs.

Faudra-t-il trouver là quelque contradiction avec ce que nous avons eu l'occasion de remarquer précédemment, à savoir, combien dans les vives discussions que nous croyons avoir en rêve les ripostes se suivent avec logique et les carac-

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