PREMIÈRE PARTIE
au défilé des idées sensibles ; il y aura corrélation parfaite entre le mouvement déterminé par l'association des idées, et l'évocation instantanée des images qui viendront successivement se peindre aux yeux de notre esprit.
La vision n'est donc que l'accessoire ; le principal, c'est l'idée même. L'image du rêve est donc exactement à l'idée qui l'appelle ce que l'image de la lanterne magique est au verre éclairé qui la produit. Cette solidarité étant bien reconnue , cette distinction entre la cause et l'effet bien établie, c'est uniquement la marche, l'association et, si j'ose me servir de ce mot, la promiscuité occasionnelle des idées, en songe , qu'il faudra s'attacher à bien analyser, pour comprendre le tissu des rêves, et pour expliquer aussi tant de complications bizarres, tant de conceptions fantasques, tant d'incohérences apparentes , qui ne sont plus que des phénomènes parfaitement simples et parfaitement logiques, dès qu'on a pu saisir, à son origine, l'ordre très -rationnel de leur développement.
A l'aide de mes observations personnelles j'essayerai plus loin d'éclairer quelques sentiers perdus de ce dédale ; je désire toutefois rappeler d'abord ce que tout le monde a pu constater.
Durant l'état de veille, sous l'empire des préoccupations de la vie réelle, nous guidons nos idées
dans la voie qu'il nous plaît de leur assigner, et cela sans leur permettre de vagabonder en s'échappant par les chemins de traverse. Mous avons cependant des instants de passivité morale, pendant lesquels nous faisons ce qu'on est convenu de nommer rêvasser. Cet état est un intermédiaire entre la veille et le songe. Chacun s'en est aperçu plus d'une fois en chemin de fer, alors que l'appel d'une station ou toute autre circonstance fortuite le rappelant brusquement au sentiment de la vie réelle, lui a fait surprendre à l'improviste les opérations de son propre esprit. Or les principales lois qui régissent, en songe, la marche spontanée des idées se manifesteront dans cette situation.
La dernière pensée qui m'ait préoccupé, avant de m'abandonner à cette rêvasserie, a été, je suppose, celle d'un ami dont j'avais reçu récemment des nouvelles, et qui voyage en Italie pour son plaisir. Sa lettre m'a rappelé un séjour à Borne que je fis moi-même, et le souvenir duColisée s'est présenté tout aussitôt. Il m'était arrivé de rencontrer au Colisée un peintre de ma connaissance, homme excellent et de grand talent qu'une mort prématurée devait enlever peu de temps après. Je pense au jour où l'on vendit ses tableaux et ses toiles inachevées. Une esquisse me revient surtout en mémoire; elle représentait deux petits paysans bretons pleins de grâce et de vie, s'effor-