‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 181 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

nemi, mais saurait prévoir encore toutes les conséquences éventuelles de tous les changements de position exécutables de part et d'autre.

Éveillé , le joueur qui ma raconté son rêve eût été incapable de se représenter mentalement, et par le seul effort de sa pensée, la série complète des combinaisons à parcourir depuis la situation donnée qui formait ce problème à résoudre, jusqu'à la disposition finale entraînant le mot inévitable. Il aurait dû, de toute nécessité, pour bien saisir ces combinaisons successives, faire manœuvrer en réalité sur son échiquier les pièces engagées, et se rendre ainsi compte, de visu, de tous les mouvements opérés.

Endormi, il exécutait aisément ce qui, pour tout autre que l'un de ces joueurs exceptionnels dont nous avons parlé, serait réputé un tour de force. Il y a donc eu chez lui accroissement considérable de la puissance imaginative et calculatrice pendant son sommeil.

La répétition automatique d'une sensation antérieurement perçue (de quelque manière qu'on la comprenne) pourrait bien reproduire aux yeux d'un songeur la disposition d'un échiquier telle qu'il l'aurait vue avant de s'endormir , mais non pas évidemment lui procurer des visions que n'aurait jamais eues sa rétine. Ici, les divers aspects de l'échiquier, formant la série des coups qui ont

amené le mat, n'avaient jamais été perçus par le dormeur, puisque c'était là précisément l'inconnu qu'il cherchait avant de s'endormir.

Il y a donc eu représentation aux yeux de l'esprit de tableaux composés par la seule imagination, et non point fournis par la mémoire.

L'imagination peut donc créer, en songe, dans le sens d'enfanter des visions inédites, formées, il est vrai, de matériaux déjà contenus dans la mémoire , mais comme les combinaisons fortuites du kaléidoscope sont formées des divers cristaux que l'instrument renferme, ou comme un néologisme rationnel est composé de racines que l'on connaissait.

Ces conséquences naturelles de ce qu'on vient de lire nous conduiront nécessairement aux réflexions que voici :

Si la puissance imaginative de l'esprit, condensée pour ainsi dire à l'état de rêve , peut quelquefois poursuivre plus aisément qu'à l'état de veille toute une série de calculs et d'opérations, avec cette particularité notable et propre aux rêves de pouvoir se représenter les tableaux successifs qui en sont solidaires comme si on les voyait en réalité, sera-t-il surprenant qu'on puisse poursuivre aussi, dans ses déductions logiques (et peutêtre même avec un instinct plus juste), tout un enchaînement de causes ou d'effets dont le point

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