TROISIEME PARTIE
de départ sera quelque état de choses présent qui nous préoccupe , et le développement ses conséquences probables, telles que nous sommes conduits à les supposer?
Faudra-t-il dès lors s'étonner beaucoup de certains songes en apparence prophétiques, de certaines prévisions d'événements futurs qui se réalisent ensuite comme on les avait rêvés? Ou bien ne devra-t-on passe dire que puisqu'en définitive penser à une chose en songe, c'est y rêver; le fait de rêver l'accomplissement d'un événement possible et surtout probable n'est pas plus merveilleux que celui d'en avoir la pensée quand on est éveillé?
Qu'une voix nous crie en rêve ces prédictions, que ce soit un inconnu qui nous les révèle, ou toute autre illusion analogue, il est clair qu'il y aura identité de causes, identité de faits et de résultats.
Déjà ces questions ont été soulevées dans le chapitre consacré particulièrement à l'imagination et à la mémoire, et peut-être même en ai-je déjà parlé dans des termes analogues à ceux que je viens d'employer; mais j'ai prévenu le lecteur que je ne craindrais pas de me répéter, chaque fois qu'à l'occasion de quelque observation nouvelle l'affirmation d'une opinion précédemment émise semblerait s'offrir de nouveau.
Arrivons à la seconde communication qui me fut faite :
Après avoir noté quelques préoccupations de la veille, auxquelles il attribuait la tournure que ses idées avaient prise pendant son sommeil, et après avoir exposé qu'il avait commencé par se croire lancé dans l'espace sans rien distinguer qu'un énorme vide, et sans entendre d'autre bruit que celui d'une voix qui lui répétait de temps en temps qu'il allait connaître un grand secret; le savant, de qui je tiens la relation écrite qu'on va lire, poursuivait ainsi : « Je me crus transporté, en rêve, dans une sorte de temple sombre, immense, silencieux. Une irrésistible curiosité mêlée d'épouvante m'attira vers un autel de forme antique, le seul point éclairé de cette solitude mystérieuse. Une émotion indicible m'avertissait que j'allais assister à quelque chose d'inouï. J'aperçus alors une sorte d'embryon, moitié noir et moitié blanc, s'agitant dans une enveloppe à demi transparente, qu'il cherchait à rompre et qui avait la forme d'un œuf. Je mis la main sur cette enveloppe en mouvement. -Il en sortit un enfant. C'était une parabole, pensai- je. Et je me sentis inspiré, et mes lèvres se mirent à prononcer d'elles-mêmes (quelque esprit supérieur me paraissant prophétiser par ma propre bouche) toute une série d'axiomes et de sentences en vers qui me remplissaient d'étonnement et d'enthousiasme; car j'avais la persuasion que je devrais y découvrir un sens très-important,