TROISIÈME PARTIE
dont la dernière strophe me donnerait la clef. — Toutefois, je sentais aussi que j'oubliais ces révélations à mesure qu'elles m'étaient faites, et j'en ressentais un vit chagrin. Oh! si je pouvais me les rappeler, me disais-je; et comme je reconstruisais péniblement quelques vers, un être, dont je ne distinguais qu'imparfaitement la nature et la figure, mais qui pourtant me semblait humain, se mit à me répéter mot pour mot tout ce que je venais de dire moi-même, sans hésitation, sans lacune, de telle sorte que j'en reconnaissais les moindres mots. — Malheureusement, quelques efforts que je pusse faire, tout rentrait pour ma mémoire dans une nuit profonde aussitôt qu'il avait parlé. Cela me causait un grand tourment. La supériorité de cet être inexpliqué m'inspirait une sorte d'écrasement moral. Qui êtes-vous donc, lui demandai-je enfin, vous qui vous souvenez mieux que moi de ce que j'ai improvisé moi-même; vous qui me laissez entendre que si je possédais comme vous la mémoire et larrière-mot de tout ceci, j'aurais déjà saisi ce secret surnaturel dont je n'ai qu'une vague intuition? — lime prit alors les deux mains, et me regarda jusqu'au fond de ma pensée la plus intime avec des yeux de feu qui me pénétraient d'une véritable terreur. — Tandis que son corps se perdait dans une ombre indécise, sa tête était lumineuse et de proportion colossale, et;
chose étrange, me paraissait comme la reproduction de mon propre visage réfléchi par quelque miroir fantastique. — Qui donc es-tu, lui répétai-je, toi que je brûle de connaître, toi qui lis, je le sens, jusqu'au fond de mon âme? Un moment il garda le silence; puis, il me répondit : Toi-même! et sans bien m'expliquer la portée de sa réponse, j'eus tout d'abord la conviction qu'il disait vrai, qu'il était la partie desaveuglée de cette dualité que je ne pouvais comprendre ; mais dont le secret était précisément enfermé dans la parabole de l'enfant moitié blanc et moitié noir. Si tu es moi-même, repartis-je, pourquoi donc me fais-tu peur, et pourquoi me regarder de cette façon railleuse ? Il ne me répondit plus rien, malgré tout le désir que j'avais de l'entendre parler encore, et bien que je pensasse les mots âme divine, il ne les prononça pas comme il avait prononcé les mots toimême; il continuait seulement à me fasciner de son regard pénétrant, quand je m'aperçus que je rêvais, en sentant que je commençais à me réveiller.
« Durant cette courte période qui sépare le parfait sommeil du réveil complet , alors qu'on est partagé entre deux mondes, je fis de très-grands efforts pour me rappeler les principaux tronçons de ce rêve qui m'avait si fort émotionné, et dans lequel j'étais persuadé que de grandes révélations