‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 184 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

psychologiques étaient en germe; mais il me fut impossible d'en ressaisir, autrement que par éclairs fugitifs, quelques idées générales. Quant au fil qui reliait ces idées les unes aux autres , quant aux vers qui les exprimaient, je n'en retrouvais aucun souvenir. Ce qui me resta de plus précis, ce fut une comparaison suivie entre les végétaux renfermés tout entiers dans leur graine, et de grandes vérités tout entières aussi dans un principe qu'il fallait savoir développer; et puis, de profondes réflexions sur cet autre moi-même, si supérieur à mon moi raisonnant, qui voulait bien me laisser entrevoir quelque chose, mais qui se moquait de mes stériles efforts pour arriver à comprendre tout à fait.

« A mon réveil, je demeurai malgré moi trèsvivement impressionné. Sans voir assurément dans ces visions autre chose que le travail d'une imagination désordonnée, je ne pouvais me 'défendre d'en remarquer l'étonnant caractère. Je pensais à cet enfant moitié blanc et moitié noir, qui semblait le double principe du bien et du mal, à cette enveloppe qu'il cherchait à rompre, à cette dualité de moi-même dans laquelle j'avais cru deviner un élément divin. Je ne suis pas beaucoup plus avancé après ce rêve, quant à l'explication du grand mystère qui réside en nous; mais après un rêve pareil il est impossible de n'être pas plein du

sentiment de l'existence de Dieu, la grande intelligence qui sait, et de ne pas tenir pour certain qu'un grand secret nous doit être révélé quelque jour. »

Si je reproduis in extenso cette note qui m'a été donnée, ce n'est pas uniquement à cause de l'exaltation morale qu'elle respire, c'est aussi et surtout en considération des traces profondes que le songe dont elle contient le récit avait laissées dans la mémoire d'un homme qui n'était cependant pas, en général, des plus faciles à émouvoir, et qui n'avait pas coutume non plus d'attacher beaucoup d'importance à des sujets purement imaginaires. Le soin qu'il avait pris d'écrire cette relation, la manière dont il en parlait, montraient assez que ces visions fantastiques avaient impressionné un esprit éminent autant et plus que certains événements graves de sa vie réelle. Et qui sait si plusieurs de ses travaux ne s'en seront pas ressentis ?

L'influence des actions habituelles des hommes sur la nature de leurs songes n'est contestée par personne; celle de leurs songes sur leur moral et sur leurs actions est infiniment plus forte et plus fréquente, à mon avis, qu'on ne le croit généralement. Des gens graves m'ont avoué que l'attraction ou l'éloignement qu'ils avaient éprouvé instinctivement pour quelques personnes n'avaient

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