TROISIEME PARTIE
peut-être pas eu d'autre origine qu'un rêve agréable ou désagréable, auquel ces personnes s'étaient trouvées mêlées. Je connais quelqu'un qui devint tout à coup très-épris d'une jeune fille qu'il voyait presque chaque jour depuis longtemps sans y faire la moindre attention, et cela uniquement parce qu'elle lui apparut dans un de ces songes passionnés et pleins d'enivrements où l'imagination déploie toutes ses ressources. Quelque vifs que soient chez l'homme éveillé les transports de l'amour, cette passion la plus vive entre toutes, quiconque lui fut soumis avouera, j'en suis persuadé, qu'il a ressenti parfois en rêve des élans d'enthousiasme , des ravissements de tendresse, des épanouissements d'indicibles jouissances, dont le degré correspondant ne se rencontrait pas dans la vie réelle. Aussi ne craindrai-je point de dire que si l'idéal est le maximum de la perception conceptive auquel il nous soit permis d'arriver dans le sentiment du plaisir et du beau, l'état de rêve doit être le plus favorable pour l'imaginer.
Même chez les gens qui ne se souviennent pas de leurs rêves, les associations d'idées qui s'opèrent dans le jour se ressentent bien souvent, j'en suis persuadé, des rêves de la nuit. On voit des enfants dont le caractère peureux et l'inaptitude au travail pourraient bien tenir à ce que leur mémoire a
été saturée d'impressions craintives ou désordonnées par des cauchemars incessants.
Il est, d'un autre côté, bon nombre de personnes, et surtout de dames, dont on apprendrait mieux à connaître les inclinations par leurs songes que par leur manière d'agir en réalité. Cela tient à ce qu'elles exercent habituellement sur leurs actions un empire qui ne s'étend point jusqu'aux mouvements de leurs pensées, et cela touche à la physiologie de l'ordre social. On trouverait là matière à des rapprochements intéressants; mais la difficulté serait de se bien renseigner, parce que ces personnes racontent plus volontiers tout ce qu'elles ont fait dans le jour, que tout ce qu'elles ont rêvé pendant la nuit.
Observations sur l'exaltation, en rêve, de la sensibilité physique, et sur les indications pathologiques qui peuvent quelquefois en résulter.
Perception subtile des choses du dehors et sentiment profond de ce qui se passe en nous : telle est la division que j'adopterai pour le classement des observations que j'ai recueillies. — Exemples de sensibilité externe et de sensibilité interne.