‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 186 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— Corrélation entre certaines dispositions du corps et certaines ha lucinations de l'esprit. — Le seul fait du retour de certains rêves est un phénomène dont la cause mérite d'être recherchée. — Que les blessés, comme les gens en proie à quelque grande surexcitation morale , ne peuvent avoir des songes lucides et suivis. — Exemple d'un rêve où deux principes contraires agissent simultanément. — Des rêves supersensuels, et de ceux qui se développent sous l'influence de divers narcotiques.

Il est peu de faits plus unanimement constatés, en matière de songes, que celui de l'influence d'une infinité de sensations externes que le dormeur perçoit et qu'il fait entrer dans son rêve, en les interprétant à sa manière. Chaque auteur en donne de nombreux exemples, et mes livres de notes en sont pleins. Tantôt, c'est un coup frappé au dehors qui me fait rêver qu'on a frappé à ma porte, ce qui introduit ainsi dans mon rêve un élément nouveau. Tantôt l'on frappe en réalité et à coups redoublés à la porte de ma chambre , afin de me réveiller ; mais je rêve que je regarde travailler un tonnelier posant des cerceaux autour d'une cuve, et, grâce à cette illusion, mon sommeil n'est pas interrompu.

Une autre fois c'est un interlocuteur qui m'annonce son départ pour Pa..., pa...,pa... Paris, voulait-il dire sans doute, mais il répétait indéfiniment cette première syllabe, ce qui m'irritait au suprême degré et finit par me réveiller. J'en-

tendis alors distinctement le tapotement d'un devant de cheminée agité par le vent , lequel bégayait encore son interminable pa. . . pa. . . pa....

Enfin, l'un de mes amis me raconta qu'il s'était mis une nuit, en rêvant, dans la plus violente colère, parce qu'il s'imaginait interroger quelqu'un qui ne répondait que par des ho ! ho ! à toutes ses demandes. Et il reconnut, en s'éveillant, que ces ho ! ho ! n'étaient que l'écho de ses propres ronflements.

S'arrêter à de pareils exemples serait puéril ; mais si les petits faits de ce genre sont très-faciles à constater, en mille autres circonstances il est extrêmement difficile d'apprécier la mesure des influences externes ou internes sur l'origine et le développement de nos rêves ; et la recherche de ces influences plus mystérieuses méritera, je crois, d'attirer notre attention.

Perception subtile des choses du dehors et sentiment profond de ce qui se passe en nous ; telle est la division qui s'offrira maintenant d'elle-même, pour classer les exemples d'exquise sensibilité physique que j'ai pu recueillir.

Sensibilité externe. — « Je rêve, une nuit, que ma veilleuse fume; je m'éveille, j'aspire à pleins poumons, je ne sens rien et je me rendors persuadé que je n'ai fait que rêver. Au bout d'une heure, cependant, je suis réveillé de nouveau par l'âcreté d'une fumée devenue très-sensible. J'avais donc

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