‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 187 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

éprouvé durant le rêve de mon premier sommeil, des perceptions de l'odorat beaucoup plus fines qu'à l'état de veille. »

— « Une autre nuit, je rêve que je fais une visite à un ami, que je ne trouve personne chez lui, mais, que je remarque dans toutes les pièces de son appartement une odeur assez forte et très-singulière, qui ne laissait pas que de m'inquiéter. Je m'éveille, et ma première pensée est naturellement de supposer que cette odeur devait être répandue en réalité dans ma propre chambre. Je me lève; j'entr'ouvre les portes, les fenêtres. Cette fois, je ne sens absolument rien, ni entre deux sommeils, ni le lendemain même au point du jour. » — N'estil pas probable que cette odeur (que je n'avais d'ailleurs aucun souvenir d'avoir jamais sentie), était encore une perception très-subtile due au sommeil, plutôt qu'une vague réminiscence de l'odorat?

L'exemple suivant se rapporte au sens de l'ouïe : «je rêve que j'entends accorder un piano, et j'apprends, en effet, que ma sœur en a fait accorder un, à l'heure matinale où je rêvais encore. Cependant, je n'avais aucune raison pour songera cela; j'ignorais absolument que l'accordeur dût venir; et les dispositions locales sont telles que je ne pouvais pas même, de mon lit, à l'état de veille, entendre le moins du monde les accords les mieux nourris exécutés sur cet instrument. »

Voici, du reste, et encore à l'occasion d'un piano, une autre observation d'autant plus probante que l'idée d'y voir une simple coïncidence ne peut même pas venir à l'esprit :

« J'étais allé prendre un bain, fatigué d'une nuit passée au bal; je m'assoupissais doucement dans ma baignoire; les accords lointains d'un piano tenaient mon attention suspendue, et tout en m'endormant je cberchais à saisir la liaison entre les phrases musicales les plus bruyantes, qui seules, à cause de la distance, arrivaient nettement jusqu'à moi. Le sommeil me gagna bientôt tout à fait, et je rêvai qu'assis près d'un piano, je regardais et j'écoutais jouer une jeune personne de mon voisinage, que j'avais vue passer souvent dans la rue avec un rouleau de musique à la main. Aucune note ne m'échappait plus; aucune nuance de l'exécution n'était perdue. Un léger bruit me tira tout à coup de cet assoupissement très-court. Je continuai d'entendre de loin la musique qui avait guidé mon rêve; mais je ne l'entendis plus que par intervalles et très-imparfaitement, ainsi que cela avait eu lieu avant que je m'endormisse. Je me retrouvais donc dans des conditions perceptives évidemment moins favorables que celles qui m'avaient été faites momentanément par ie sommeil. Je n'étais plus impressionné que par les ondes sonores assez vio-

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