TROISIEME PARTIE
lentes pour agir sur mon appareil auditif à l'état normal. »
Ce serait fatiguer le lecteur que de multiplier de semblables récits. Je dirai seulement qu'ils abondent dans mes recueils, et qu'on en trouvera beaucoup du même genre dans le livre de M. Brière de Boismont. Ils donneront peut-être à réfléchir au sujet de certains faits somnambuliques que je n'ai pas à discuter, mais qu'il ne faudrait pas toujours rejeter comme inadmissibles, uniquement parce qu'ils demeurent inexpliqués.
Sensibilité interne. — La propriété qu'a le sommeil de concentrer et d'exalter parfois extraordinairement la sensibilité physique dans quelque partie de notre organisme est un point sur lequel je crois avoir déjà suffisamment insisté. Je passe donc, sans les insérer ici, plusieurs observations du journal de mes rêves qui ne font que constater la manifestation, par des songes en rapport avec les sensations perçues, de certaines sensations d'une ténuité telle que je n'en avais aucune perception, étant éveillé1. J'arrive immédiatement à l'indication du même phénomène sous une forme plus difficile à reconnaître, plus mystérieuse, et peut-être aussi d'un retour plus fréquent qu'on ne
\ . De ce nombre élait l'avertissement d'une angine dont je ne ressentis les premiers symptômes qu'après avoir, deux nuits de suite, rêvé que j'étais atteint de ce mal.
le pense. Je veux parler de la singulière corrélation qui s'établit parfois entre certaines dispositions du corps et certaines hallucinations de l'esprit, dont la solidarité nous échappe. Je remarque, dans mon journal, qu'à une époque où je fus sujet à des maux de tête capricieux et intermittents, leur retour est souvent précédé, à courte distance, par des rêves où je crois gravir des montagnes et franchir des précipices avec une étonnante facilité. Il est, en médecine, des médicaments connus pour occasionner des visions presque toujours les mêmes. La morphine, par exemple, fait rêver d'ordinaire, à ceux qui en ont pris, qu'ils sont entourés de toute sorte d'animaux.
Je puis, enfin, citer une très-curieuse communication qui m'a été faite tout récemment par un de nos plus célèbres orientalistes, savant professeur et philologue de premier ordre. Les aliments préparés à la graisse ne sont pas de son goût. Il les tient pour malsains, et défend expressément chez lui que la moindre infraction soit faite au régime du beurre absolu. Sa cuisinière toutefois ne partageait pas ses idées. Elle était surtout moins exclusive, et pensait que, de temps à autre, une petite addition de la substance prohibée se pourrait introduire utilement dans quelque combinaison heureuse, sans que Monsieur s'en aperçût. Ici, était sa grande erreur. Monsieur ne