‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 189 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

s'en apercevait pas, il est vrai, le jour même; mais un mystérieux avis lui en était infailliblement donné, pendant la nuit qui suivait la fraude commise. Le lendemain matin, la cuisinière était appelée; elle essayait en vain d'opposer d'abord quelques dénégations aux reproches assurés de son maître. Son maître lui fermait la bouche et l'amenait à confession par ces seuls mots sans réplique : « Rosalie, j'ai rêvé cette nuit que je marchais dans l'eau. »

Lapins petite quantité de graisse avait pour résultat inévitable de faire rêver au savant académicien qu'il était forcé de traverser à pied des terrains inondés, des marais ou des rizières. Il a1^! reconnu qu'il ne faisait jamais ce rêve sans que sa cuisinière ne finît par avouer qu'il avait été motivé; comme elle convenait aussi que jamais ce songe obstiné n'avait manqué de la dénoncer, quand elle s'était mise dans le cas de mériter une réprimande.

Or, quelle relation imaginer entre des rochers escarpés et la migraine , entre la morphine et des visions de bêtes fauves, entre l'introduction dans l'estomac d'un peu de graisse et l'idée de marcher dans l'eau? Serait-ce qu'une simple coïncidence ayant établi un premier rapport entre quelque sensation morbide qu'on éprouvait une telle nuit, et un rêve quelconque que l'on faisait

par hasard cette nuit-là même, le rappel du même rêve est la conséquence du retour de la même sensation ' ? Ou bien existerait-il de bizarres analogies de sensations internes, en vertu desquelles certaines vibrations de nerfs, certains mouvements intimes de nos viscères correspondraient également à des impressions en apparence si différentes ?

Au premier cas, la corrélation qui s'établit entre tel rêve et tel trouble physique serait tout occasionnelle, et toute spéciale pour chaque individu.

Dans la seconde hypothèse, au contraire, l'expérience pourrait faire découvrir de constantes et mystérieuses affinités, dont la connaissance deviendrait une science véritable.

Il est de certains rêves communs à tous les hommes, et dont les physiologistes s'accordent généralement à placer la cause dans les sensations produites par le jeu plus ou moins naturel des fonctions du cœur ou de l'estomac , et cela en vertu d'une trompeuse appréciation que fait l'esprit de ces sensations. Tels sont les rêves où l'on croit s'élever ou planer dans l'espace, sauter avec une facilité merveilleuse , descendre des escaliers en quelques bonds, ou bien, au contraire, se sentir retenu par une force invisible, ne pouvoir con-

i. En vertu des principes exposés page 372 et suiv.

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