‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 191 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

moire de plus récents souvenirs, lorsqu'il remarqua, non sans étonnement, que des visages, des fêtes, des épisodes presque oubliés de cette époque de sa vie revenaient peu à peu dans ses rêves avec une fréquence extraordinaire. Durant six semaines, environ, ce phénomène demeura comme inexplicable; puis il ressentit quelques premières douleurs de tête, et fut repris enfin avec une extrême violence par le mal dont il s'était cru guéri à tout jamais. Il me paraît évident que le rappel de ces rêves était dû à des sensations internes d'une extrême finesse , symptômes révélateurs d'un travail morbide encore à l'état latent.

Le seul fait du retour persistant de certains rêves ou d'une certaine nature de rêves, est déjà l'indice d'un état de souffrance qu'il importe de rechercher. Si des songes bien suivis sont le meilleur symptôme d'un parfait équilibre intérieur, le phénomène inverse n'est pas moins significatif. Les blessés, comme les gens en proie à quelque grande agitation morale, ne sauraient avoir des rêves lucides, variés, ni suivis. Chez les uns, la douleur physique appelle de temps en temps des réminiscences en rapport avec la sensation qu'ils éprouvent; chez les autres, une préoccupation dominante retient l'esprit dans un même cercle d'idées, et ne permet pas au libre enchaînement des idées de s'effectuer. Les images homogènes

qui les assiègent de leurs apparitions incessantes peuvent sans doute se montrer successivement sous des formes modifiées, mais elles portent toujours dans leur nature, dans leur marche, dans les émotions qu'elles provoquent, un caractère d'identité qui trahit la cause morhide ou l'idée fixe dont elles sont la constante manifestation.

Le rêve offre, en ce cas, les mêmes alternatives de distractions et de rappel à l'actualité dominante qui se succèdent chez nous dans la vie réelle. C'est-à-dire que tantôt le mouvement spontané des idées nous conduit aux préoccupations les plus variées, et tantôt la conscience du mal ou tout au moins la sensation physique que nous ressentons nous ramène à quelque pensée en rapport avec cette sensation éprouvée. L'état de songe offrant d'ailleurs, comme particularité remarquable, la curieuse diversité des interprétations que sait faire successivement l'esprit d'une même sensation déterminée , chaque fois qu'elle est l'objet de son attention. Il accommode alors cette sensation aux images de son rêve, et ce qu'il imagine est aussitôt représenté. Je trouve de ce dernier phénomène un assez singulier exemple dans le journal de mes rêves. On y reconnaît la double influence d'une sensation morbide permanente, et d'un narcotique bien connu. Une pièce de bois m'étant tombée sur l'épaulé, j'avais usé d'unmédi-

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