TROISIÈME PARTIE
camentqui contenait de la belladone, pour engourdir la douleur d'une forte contusion. Je fis d'abord plusieurs rêves interrompus, durant lesquels je crus me promener avec un lourd fusil sur l'épaule, supporter l'angle d'un grand tableau qu'on essayait d'accrocher, etc. Enfin, vers le matin, je rêvai ce qui suit :
« J'étais en voyage, j'arrivais je ne sais où. Je cherchais un gîte, ayant une valise sur mon épaule, et ne trouvant personne ni pour la prendre, ni pour m'indiquer une auberge. J'aperçois cependant une enseigne de cheval blanc, sur une maison d'assez bonne apparence ; mais la porte est si basse que je suis forcé, pour entrer, de me courber péniblement et de traverser une assez longue voûte; dans cette position incommode, plusieurs fois mon épaule se heurte au mur. k l'intérieur de l'auberge je suis reçu par une jeune servante, qui m'annonce que l'affluence des voyageurs est grande, et qu'il me faudra loger un peu haut : J'accepte par avance la chambre qu'on pourra me donner, et, replaçant ma valise sur mon épaule, je me mets à suivre la jeune fille par des corridors et des escaliers sans fin. Nous arrivons ainsi dans une salle haute comme une église, dont la muraille était recouverte de branches de fer disposées horizontalement les unes au-dessus des autres, de manière à servir tour à tour de poignées et de
marchepieds. N'auriez-vous point confiance en moi et ne voulez-vous plus me suivre? me demanda mon guide en commençant à gravir cette échelle. Je vous suivrai jusqu'au bout du monde, lui répondis-je. Déjà, je ne me souvenais plus de ma valise, ni de l'auberge, ni d'une chambre à occuper. Je me sentais comme envahi par je ne sais quelle exaltation croissante. Ce n'était plus une servante qui me montrait la route; c'était une sorte d'héroïne de roman. Je montais fort et léger. Comme nous touchions à la corniche, ma compagne appuya fortement la main sur mon épaule, passa par une petite fenêtre en m'engageant à la suivre, et me fit voir, en perspective, à l'extrémité d'une plate-forme que nous traversâmes, une seconde ascension bien autrement périlleuse à accomplir. Cette fois, c'était une montagne taillée à pic qui semblait percer les nues. Des points d'attache étaient pratiqués dans le roc, comme dans le mur que nous avions déjà franchi. Seulement, ils étaient dissimulés par des broussailles, des racines, et des anfractuosités. Celle qui me conduisait me donna sa main à baiser, avant de m'indiquer cette nouvelle route. Je me sentis électrisé ; et je m'élançai derrière elle, sans meffrayer des hauteurs vertigineuses auxquelles nousparvenions, sans me laisser éblouir par l'énorme précipice qui se déroulait au-dessous de nous. Je ne voyais et