‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 199 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

moyen d'agents énergiques et directs , celui-là c'est la médicamentation proprement dite.

Or , s'il m'est permis de comparer les soins qu'on donne au corps avec ceux qu'on peut prendre de l'esprit, je dirai que, pour quiconque attachera quelque charme à peupler son sommeil de songes agréables, l'hygiène ou régime consistera dans une attention suivie à meubler sa mémoire d'impressions heureuses, entremêlées (et par conséquent associées) aux diverses occupations de la vie; comme le seraient de gracieuses statuettes semées çà et là dans les rayons d'une bibliothèque, où l'on ne pourrait plus chercher, par exemple, le grave Hippocrate, sans qu'une douce silhouette d'Hébéou de Pandore ne vienne, en même temps, captiver les regards.

Quant à la médicamentation active, quant aux moyens d'appeler instantanément dans nos rêves telles images qu'il peut nous être agréable d'y retrouver, la relation qu'on va lire dira comment ce fut l'application des lois psychologiques ci-dessus exposées qui me permit d'y arriver.

En réfléchissant à cette étroite solidarité qui s'établit, dans notre mémoire, entre certaines sensations et certaines notions qui en dépendent, telles que la douleur dune piqûre et l'idée d'un insecte, le chant du coq et l'idée de cet oiseau, l'odeur de la suie et l'idée d'un feu de chemi-

née, etc., j'avais fait souvent la réflexion que ce phénomène si constant et si simple reposait uniquement sur le principe d'association qui s'établit entre des idées simultanément acquises. Le chien qui crie et le cheval qui prend le galop au seul bruit du fouet n'agissent pas en vertu d'un autre principe. Ces réflexions m'amenèrent à penser :

1° Que si l'on parvenait à établir artificiellement une corrélation non moins immédiate et non moins constante entre quelques sensations particulières et quelques idées (même d'un ordre tout moral), chaque fois que l'une de ces sensations serait ensuite provoquée, le même phénomène devrait se reproduire, à savoir le rappel immédiat de l'idée devenue solidaire de cette sensation.

2° Que les sujets auxquels nous pensons, en rêve, devenant par cela même les sujets de nos rêves, le fait de pouvoir rappeler certaines sensations , chez un homme endormi, en agissant sur ses organes, devrait avoir pour conséquence la possibilité de faire rêver ce dormeur aux sujets dont la notion serait devenue chez lui solidaire des sensations ainsi provoquées.

Partant donc de cette hypothèse, voici la première expérience que je tentai : j'étais à la veille de me rendre en Vivarais pour y passer une quinzaine de jours à la campagne, dans la famille d'un de mes amis. J'achetai, avant de partir, chez

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