‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 203 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

la salle à manger avec ses convives (mes amis du Vivarais); 2° celle de M. D... et de sa compagne (souvenirs directs de l'atelier). J'appelle idées secondaires : celles de l'introduction des nouveaux venus par un domestique, l'histoire de la voiture versée, etc., etc.

La cause des sentiments bizarres que l'on éprouve dans certains rêves réside souvent dans le fait du rapprochement opéré par des idées secondaires, entre des idées premières qui n'étaient nullement faites pour s'associer. Remarquons, par exemple, que l'apparition de cette jeune fille nue dans une salle à manger ne m'a causé aucune surprise, et ne m'a point paru choquer non plus les personnes graves qui composaient la famille de mon ami Vnomalie singulière dont l'explication ressort, tout à la fois, et de ce qui vient d'être dit, et d'une autre particularité psychologique du sommeil, non moins intéressante à signaler; à savoir que les images qui nous reviennent à l'esprit, en songe, y suscitent rarement d'autres impressions que celles que nous éprouvâmes alors qu'elles se casèrent originairement dans notre mémoire. Cette jeune fille étant un souvenir d'atelier , endroit où la nudité du modèle n'a rien qui étonne, je la revois telle que je la vis jadis, sans m'en étonner davantage. Quant aux rapprochements résultant de la situation, je ne les fais pas même. On ne

compare, on ne réfléchit, en songe, à la nature de ses impressions que lorsqu'on a le sentiment de l'état dans lequel on se trouve; ou bien si l'on est assez fortement captivé par queique pensée pour en arrêter un moment les images. Autrement l'esprit laisse défiler ces images avec la rapidité des idées dont elles dépendent, et les idées se succèdent alors trop vite pour qu'il ait le temps de les juger. C'est ainsi que des personnes mortes depuis longtemps nous réapparaissent et se mêlent à nos préoccupations les plus récentes sans nous inspirer le moindre trouble, quand même nous aurions comme un vague sentiment qu'elles n'existent plus.

L'esprit réfléchit plus rarement encore sur les idées secondaires, qui sont déjà le produit d'une sorte de réflexion instinctive. Aussi ont-elles parfois le caractère de ces naïvetés qui nous échappent, à l'état de la veille, dans une conversation distraite.

Les idées secondaires, au lieu de s'offrir, comme dans l'exemple qui précède, d'une manière toute simple et toute transitoire, peuvent aussi produire des compositions fantasques , ainsi que nous le reconnaîtrons dans cet autre rêve :

Je me crois dans mon cabinet de travail, occupé à ranger mes livres; l'un de ces livres me fait penser au libraire qui me l'a vendu; ce libraire

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