‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 204 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

me rappelle un chapeau de cardinal exposé dans la boutique, d'un chapelier située à côté de celle du libraire ; ce chapeau me rappelle à son tour la reliure d'un très-beau manuscrit aux armes du cardinal Mazarin, que j'ai récemment admiré. Je rêve que le libraire vient me rendre visite, coiffé d'un chapeau de cardinal, et qu'il m'apporte le manuscrit en me proposant de Tacheter à un certain prix. Le lien de l'association est facile à saisir entre les quatre idées premières : — le livre que je rangeais, — le libraire qui me l'avait vendu, — le chapeau de cardinal, — le volume sur la reliure duquel un chapeau de cardinal était figuré. Les images du livre, du libraire, du chapeau et du manuscrit avaient donc leur raison directe pour m'apparaître. Mais j'ai cru entendre frappera ma porte; j'ai vu cette porte s'ouvrir; j'ai imaginé que le chapeau de cardinal était sur la tête du libraire, que le libraire m'offrait le manuscrit, et qu'il m'en demandait deux mille francs, je suppose. Voilà les idées que j'appelle secondaires . Elles sont aux idées premières , dans certains rêves, à peu près comme est la facture du bout rimé par rapport aux rimes imposées d'avance.

Cette notable différence existe encore entre les idées premières et les idées secondaires, que les unes peuvent être suscitées par des causes physiques spontanées ou artificielles, telles qu'un bruit,

un contact, une odeur, et aussi par l'action de la volonté, tandis que les autres sont toujours le produit instinctif de l'activité de notre esprit.

Puisque j'ai ouvert cette large parenthèse analytique sur certains éléments constitutifs du rêve, très-utile à savoir discerner si l'on veut essayer de suivre l'enchaînement rationnel des idées, je ne la fermerai pas sans signaler encore une curieuse illusion de l'esprit, qui se produit précisément dans des circonstances analogues à celles dont les derniers rêves que j'ai mentionnés nous offrent des exemples; c'est-à-dire lorsqu'il y a brusque introduction au milieu d'un rêve d'un élément nouveau fourni par quelque cause fortuite, telle que le parfum répandu sur mon oreiller pendant mon sommeil.

Au moment où l'intervention subite et inattendue de ce parfum m'a fait songer tout à coup que j'étais dans un pays de montagnes, en compagnie d'artistes et d'amis , j'avais l'esprit occupé par quelque autre rêve tout différent, dont le cours a nécessairement subi une transformation plus ou moins complète; et chaque fois qu'un incident analogue aura lieu , il en sera certainement de même. Or, analysons bien, et nous constaterons : que si les idées incidemment provoquées ont pu se souder au rêve préexistant, l'esprit n'aura guère manqué d'opérer cette soudure bonne ou mau-

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