‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 206 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

dite de la pensée (c'est-à-dire à peu près instantanément) j'ai été le jouet d'une illusion qui n'est peut-être pas sans quelque analogie avec ces récréations d'optique où l'œil trompé par des combinaisons en dehors des lois ordinaires de la vision croit voir sur le premier plan des objets placés en réalité au fond du tableau ; je me suis figuré que j'avais rêvé toutes ces choses dans l'ordre rationnel de leur succession, tandis que l'idée la plus éloignée du dénoûment était au contraire celle à laquelle j'avais songé la dernière, celle qui se produisait au moment même du réveil, si ce dénoûment m'a réveillé en sursaut.

Les rêves dans lesquels on s'imagine passer par quelque épreuve douloureuse sont presque toujours accompagnés d'un véritable sentiment de souffrance, comme aussi ceux qui portent le caractère du sensualisme ne se produisent guère sans que nous éprouvions des sensations en rapport avec leurs images tumultueuses. Cet accord entre la cause et l'effet a lieu, suivant les cas, dans des conditions toutes différentes. Tantôt c'est la pensée qui précède la sensation. Tantôt c'est la sensation qui précède la pensée. Tantôt les images présentes à l'esprit de celui qui rêve, amenées par l'enchaînement naturel de ses idées et vivifiées par l'illusion du songe, lui feront croire qu'il éprouve réellement des sensations en rapport avec ce qu'il

imagine. Tantôt, la sensation précédant l'idée des causes qui pourraient l'avoir amenée, on voit se produire ce phénomène d'illusion rétrospective que je décrivais tout à l'heure.

Assurément il ne sera pas toujours facile de distinguer à laquelle de ces deux origines un songe pénible ou voluptueux devra se rapporter. Le genre de rêves qu'Horace n'a pas craint de chanter dans son voyage à Brindes est cependant celui qui peut fournir surtout à l'observation pratique des exemples bien caractérisés de cette double initiative alternativement exercée par la sensation sur l'idée ou par l'idée sur la sensation.

Des conditions de solitude relative , la chaleur d'un lit moelleux , l'influence d'une alimentation trop substantielle, des contacts ou des parfums irritants ; des causes matérielles, en un mot, suscitent dans votre organisme, et tandis que vous rêvez, des sensations habituellement liées à des émotions de l'ordre dont il s'agit. Un travail automatique des fonctions génésiques en résulte; il s'élabore sourdement, sans modifier ni interrompre d'abord la trame du rêve préexistant. Un moment arrive, cependant, où la vivacité de la sollicitation nerveuse devient telle que l'esprit ne peut plus demeurer étranger à ce qui se passe dans l'homme physique. C'est alors qu'il se représente

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