TROISIÈME PARTIE
nous trompions de jour; que j'avais eu, précédemment, une discussion à propos de je ne sais quelle cause futile avec un employé du chemin de fer; et plusieurs petites circonstances banales antérieures à notre entrée dans le wagon me reviennent aussi en mémoire. Je pourrais remonter plus haut encore (j'ai quinze observations de rêves du même genre où le fil de l'association des idées se prolonge ainsi très-loin) ; mais aller plus loin n'est nullement nécessaire; il suffit d'avoir constaté que l'association des idées a conduit tout naturellement et sans interruption mon esprit du rêve calme à l'épisode sensuel, pour qu'il y ait présomption très-forte que, dès lors, la priorité apla partient à l'idée sur sensation1.
Je dis présomption très-forte et non pas certitude, parce qu'une certitude absolue est toujours chose très délicate en ces sortes de matières, et aussi parce qu'il peut arriver que certaines prédispositions physiques, sans être assez puissantes pour déterminer immédiatement une crise passionnée dans l'organisme, aient cependant assez d'empire sur l'ensemble de la machine humaine
i. 11 est bien entendu qu'une éventualité ne devra jamais être perdue de vue dans ce genre d'analyse, celle où l'esprit aurait déguisé une interruption réelle dans la marche suivie du rêve, au moyen d'un point de soudure ingénieusement pratiqué par lui.
pour influencer les associations de nos idées, et, par suite, ces tableaux de nos rêves qui surexcitent l'imagination.
Mais quoiqu'il en soit de ces apppréciations, d'un intérêt pratique assez secondaire, deux classes particulières de rêves supersensuels demeurent en présence : ceux où l'esprit subit à l'improviste une illusion provoquée par le jeu spontané d'un organe; ceux où l'esprit se lance lui-même dans un ordre d'idées qui provoque ensuite des mouvements organiques. Au point de vue purement physiologique, cette distinction me semble déjà curieuse à signaler. Au point de vue pathologique, elle me paraît d'une importance très-réelle. En effet; à l'égard du retour trop fréquent de certains rêves, si Ton peut constater que la cause en est tout entière dans l'organisme, la médecine sera prévenue qu'à elle surtout il appartient d'y remédier. S'il est, au contraire, démontré que l'imagination prend constamment l'initiative , acquérir l'habitude de savoir en rêvant que l'on rêve deviendra certainement le moyen le plus sûr pour éviter ces fâcheux incidents du sommeil.
Celui qui rêve avec conscience de son état peut toujours guider, modérer ou changer le cours des idées trop déréglées. Dans le cas même d'une surprise sensorielle , il sait, par un effort de volonté rapide, et reprendre possession de lui-