‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 209 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

même et comprimer à temps le mouvement automatique dont quelque révélation instantanée l'avertit.

Ce qui demeure suprenant, c'est que Moreau (de la Sartbe) et tant d'autres écrivains qui ont signalé l'action directe et immédiate exercée sur nos songes par diverses causes physiques accidentelles, et qui en rapportent de nombreux exemples, n'aient pas même remarqué à quel point les faits cités par eux renversaient de prime abord toutes les lois de la logique, et demandaient à être expliqués.

Je reviens à mes expériences sur quelques moyens d'influencer les rêves. J'ai dit ce que j'avais obtenu à l'aide de plusieurs parfums, en provoquant certaines associations d'idées. L'efficacité de ces parfums, mes premiers agents, ayant paru s'émousser par suite de l'usage réitéré que j'en avais fait, j'imaginai de chercher des points de rappel dans le sens de l'ouïe, comme j'en avais trouvé déjà dans le sens de l'odorat.

J'allais beaucoup dans le monde, à cette époque. On était à la saison des bals, et ils ne manquaient point. La société que je voyais était assez homogène ; elle renfermait quelques jeunes femmes avec lesquelles je dansais surtout presque tous les soirs. J'étais en très-bons termes, d'un autre côté, avec un chef d'orchestre très à la mode, dont il sem-

blait qu'aucune maîtresse de maison ne pût se passer. Je résolus de profiter de ces diverses circonstances, et voici la nouvelle expérience que je combinai. Choisissant d'abord, dans ma pensée, deux dames auxquelles il pouvait m'être particulièrement agréable de songer, et deux valses dont la musique offrait un caractère d'originalité des plus marqués, je pris soin de m'entendre avec le chef d'orchestre (qui d'ailleurs ignorait tout à fait mes intentions), pour qu'on jouât invariablement l'une ou l'autre de ces deux valses, chaque fois que je devrais valser avec l'une ou l'autre des deux dames, à chacune desquelles j'avais dès lors spécialement attribué l'une de ces deux compositions musicales. Ensuite, je me rendis au passage Colbert, où je savais qu'il existait un magasin de boîtes à musique, et j'en commandai une qui fît entendre les deux valses en question. Tandis qu'on travaillait à ma commande, ma mémoire recevait les impressions que je lui avais préparées. Les valses d'une danseuse recherchée se promettant un peu à l'avance, j'étais toujours en mesure de donner mes instructions à l'orchestre en temps utile, et j'arrivais à ce double résultat de valser constamment la même valse avec la même dame, et de ne jamais valser cette même valse avec une autre personne. J'insiste sur ces particularités parce qu'elles étaient indispensables au succès de

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