TROISIÈME PARTIE
mon entreprise. L'invariable coïncidence que j'avais fait naître ne laissa pas que d'être remarquée parcelles qui participaient involontairement à mes expériences; mais j'étais résolu de poursuivre, et cela ne pouvait m'arrêter.
La saison des bals étant finie, ma mémoire suffisamment préparée, et la boîte à musique en ma possession, j'achetai encore un réveil-matin dont je supprimai la sonnerie traditionnelle, et dont le mécanisme fut arrangé de manière à faire jouer cette boîle à musique aux heures qui seraient indiquées sur le cadran. Je fis choix, le soir même, de l'un des deux airs, je fixai l'aiguille de l'instrument sur une heure matinale très-propre à l'expérience projetée ; puis, je plaçai l'appareil ainsi disposé, dans un cabinet attenant à ma chambre, et je m'endormis à mon heure accoutumée. Cette première nuit je n'obtins aucun succès, je dois i'avouer pour être un historien fidèle. Mais il me fut aisé de reconnaître, ensuite, que cela avait dû tenir à la précaution nuisible que j'avais prise de fermer la porte de communication entre mon cabinet et ma chambre1 (dans la crainte d'être réveillé par un bruit trop fort), puisqu'à compter du lendemain où je recommençai l'expérience, et
\ . Ce genre de précautions à prendre dépendra naturellement pour chacun de sa plus ou moins grande finesse d'ouïe, de l'intensité de son sommeil, etc.
jusqu'à une époque toute récente où je la renouvelai encore, toujours cette musique a ramené dans mes rêves le souvenir, et par conséquent Tidée-image, dont elle est devenue la formule infaillible d'évocation.
Remarquons, du reste, que c'est le souvenir d'une personne et non pas celui d'un tableau d'ensemble qui demeure solidairement attaché, dans ma mémoire, à la perception d'un motif musical. Ce n'est pas invariablement au bal, ni même en costume de bal, que j'ai revu la dame rappelée par ce motif; des idées secondaires toujours nouvelles l'ont fait entrer tour à tour dans le cadre de mes rêves, au milieu des incidents les plus variés.
Le second air de ma boîte à musique ne produisit pas moins d'effet que le premier. J'en employai successivement jusqu'à huit. Après quoi, je tombai dans une confusion pareille à celle que la multiplication des odeurs avait amenée. Et je dus m'arrêter de même, reconnaissant une fois de plus que tout ce qui tient à l'organisation humaine est essentiellement limité. Mais si l'odorat et l'ouïe sont les deux sens qui se prêtent le mieux aux fonctions de moniteurs dans ces sortes d'expériences, on n'obtient pas moins des résultats analogues par l'intermédiaire des autres sens. Le procédé étant acquis, chacun en saura modifier