‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 211 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

la formule selon ses aptitudes et sa fantaisie. Citons encore deux faits concluants , entre soixante-trois dont j'ai pris note. L'un est relatif au sens du toucher; l'autre intéresse celui du goût.

« Je m'étais légèrement blessé au pouce de la main droite, ce qui me gênait beaucoup pour écrire ; la pression de la plume allant jusqu'à me causer une réelle douleur. Deux ou trois fois, je place, en dormant, ma main de telle sorte que mon doigt malade en souffre et que je me réveille. Chaque fois, je reconnais que j'avais un rêve où je me croyais assis, la plume à la main, devant mon bureau. »

L'autre exemple de rappel, celui que je dûs à mon palais, fut un de ceux qui me prouvèrent aussi que l'imagination sait transformer en apparente réalité, dans nos songes, le souvenir d'une peinture, d'une statue, ou même d'un simple dessin. Quelques combinaisons ayant pour but de préparer et de provoquer certains rêves déterminés étaient demeurées jusqu'alors infructueuses , faute de s'appliquer sans doute à des sujets capables de frapper assez vivement l'esprit. Je pensai qu'un morceau descriptif, choisi parmi les œuvres de quelque grand poète et riches en images séduisantes, serait ce qui conviendrait le mieux à une expérience décisive. Toutes les conditions que je

cherchais me parurent reunies dans cet admirable épisode des Métamorphoses d'Ovide :

Quas quia Pygmalion œvum per crimen agentes

Viderat

dataque oscula virgo

Sensit, et erubuit, timidumque ad lumina lumen Attollens, pariter cum cœlo vidit amantem.

Je lus et relus ce charmant passage, et de concert avec un artiste de mes amis qui en appréciait comme moi les nuances délicates, j'essayai de jeter sur la toile une composition qui répondit à ce qu'il nous inspirait. Pendant tout le temps que dura ce travail , j'eus soin de garder dans ma bouche un petit morceau de racine d'iris, substance dont je n'avais jamais goûté jusqu'alors. Le reste se devine, puisque j'employai exactement les mêmes procédés qui ont déjà été exposés; c'est-àdire que, durant mon sommeil, et sans que je fusse prévenu par avance de la nuit où cette expérience serait faite, un peu de l'aromate indiqué plus haut me fut glissé entre les lèvres.

Or, voici, textuellement tirée de mon journal, la relation du rêve que je fis :

« Je me croyais au foyer du Théâtre Français,

un soir de répétition générale. J'y avais rencontré Mlle Augustine Brohan, qui m'expliquait que l'on répétait une pièce nouvelle dont l'auteur était

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