‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 212 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

M. Jules L... (le nom de l'artiste , mon ami), et que cette pièce s'appelait Astarbè. Le personnage d'Àstarbé devait être rempli par Mlle X..., tandis que D... était chargé du rôle de Télémaque, et que B... devait remplir celui d'un capitaine tyrien. Comme on me disait cela, je vis entrer au foyer Mlle X..., dans un costume qui serait difficilement accepté par la Commission des théâtres, mais qui n'en était pas moins séduisant. Ce costume se composait d'une écharpe de mousseline rose parsemée de petites fleurs d'oiv, avec un collier d'ambre et de perles, auquel pendaient des pierres de couleur. Des bracelets de forme antique s'enroulaient autour de ses bras, et ornaient aussi les attaches délicates de ses jambes, k ses doigts brillaient des saphirs. Sa beauté était vraiment idéale, et dans ses cheveux blonds il me semblait voir un reflet du soleil. Comment me trouvezvous ainsi? me dit -elle, en s'approchant de

moi »

La suite du rêve serait ici sans intérêt ; mais ce fragment mérite d'être analysé. N'est- il pas évi-

paî

dent que la saveur de l'iris ayant évoqué subitement dans mon esprit des idées que j'en avais rendues solidaires, l'image de la statue de Pygmalion, telle que nous l'avions comprise et esquissée, s'était instantanément produite et animée devant mes yeux intellectuels? La tête de cette statue,

telle que nous l'avions peinte, avait quelque ressemblance avec Mlle X — De là, cette association d'idées qui me fait songer à Mlle X . . . , et qui me conduit tout naturellement au foyer du Théâtre-Français. Comment songer aux Français sans qu'Augustine Brohan ne se présente à la pensée ? Je pense donc à cette éminente artiste; je l'aperçois aussitôt, et c'est elle qui devient ainsi l'apparente interprète de mes propres idées. Or, ces idées, quelle route vont- elles prendre? L'idée de Pygmalion, déjà suscitée , entraîne à son tour des réminiscences de ce trop fameux roman de Fénelon, qui m'a fourni matière à plus d'un thème latin dans mon enfance. Astarbé, Télémaque? Adraste me reviennent alors à la mémoire, et, grâce aux idées secondaires dont j'ai exposé plus haut le mécanisme, j'en fais des personnages de tragédie, dont je distribue aussitôt les rôles entre les sociétaires du théâtre où je me figure être transporté. De la statue de Pygmalion il n'en est déjà plus question, parce que l'épisode du roman-poëme auquel je me suis reporté n'en fait point mention ; mais il y est parlé de cette Astarbé, maîtresse de Pygmalion, excessivement belle. Mlle X... sera donc Astarbé, tout en demeurant l'identification de l'idée-image qu'un grain d'iris a provoquée, qui est à la fois l'origine et le fond du rêve, qui s'est détachée pour ainsi dire de la toile où nous l'avions peinte,

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