‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 213 sur 254 · TROISIÈME PARTIE. kOZ · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. kOZ

et qui se montre enfin toute parée des présents qu'elle doit au poète romain :

grata puellis

Munera fert illi conchas, teretes que lapillos,

pictas que pilas

Dat digitis gemmas, longaque monilia collo ; Guncta décent ; nec nuda minus formosa videtur.

Sans doute le rayon de soleil était là comme une trace de son origine céleste ; et quant à cette complication que mon compagnon d'atelier se soit trouvé Fauteur de la pièce où devait figurer cette actrice éblouissante, c'est une circonstance accessoire que l'association des idées explique aisément.

Si l'on a bien voulu suivre avec quelque attention l'analyse qui vient d'être faite, on reconnaîtra dans ce rêve encore le phénomène de rétrospection expliqué plus haut. L'idée de la statue de Pygmalion est nécessairement celle qui a surgi la première, évoquée qu'elle était directement. Son identification avec Mlle X.... n'a pu venir qu'en second ordre; et si j'ai cru voir ensuite Àugustine Brohan, ce n'est que parce que l'idée de Mlle X — m'avait entraîné déjà au foyer de la Comédie-Française. Cependant , j'imagine avoir eu ces idées dans leur ordre rationnel de succession, c'est-à-dire en sens inverse de l'ordre dans lequel je les ai réellement conçues.

De tout ce qui précède , et de ce que chacun sera libre de demander à sa propre expérience, il résultera donc, je crois, ce fait qu'en liant artificiellement certaines idées à certaines sensations bien déterminées, on pourra profiter de cette solidarité factice pour introduire dans les rêves des éléments qu'on aura soi-même préparés. On devra seulement ne pas perdre de vue qu'il est deux conditions essentielles pour que ces moyens de rappel soient efficaces : la première de trouver une sensation bien nouvelle chez celui qui la provoque ; la seconde de ne jamais la provoquer en dehors des circonstances voulues, sous peine d'en neutraliser la vertu.

On saura tirer, enfin, de ces observations une remarque qui pour avoir été déjà présentée n'en est pas moins intéressante à renouveler. Dans le dernier songe relaté, dans celui qui précède et dans beaucoup d'autres, l'esprit se trouve ramené tout à coup à une idée par l'intermédiaire d'une sensation, et cela sans que cette sensation paraisse faire sur lui une impression directe, puisqu'il n'en garde aucun souvenir. Je m'explique : une blessure que j'ai au pouce se trouve accidentellement irritée pendant mon sommeil. Il en résulte un rêve où je crois me livrer à une occupation au souvenir de laquelle cette souffrance a été mêlée; mais la douleur elle-même, mon rêve n'en accuse au-

Page 1