TROISIÈME PARTIE
cune perception directe. La saveur d'une racine parfumée évoque l'apparition d'une image féerique; mais c'est seulement en m'éveillant que mon palais m'avertit directement de la présence d'un petit morceau d'iris dans ma bouche. Une sensation physique trop faible pour s'annoncer par un avertissement direct peut donc influencer pourtant le cours de nos idées, et se révéler ainsi manifestement.
Quelles conséquences, répéterons-nous, ce fait ne doit-il pas avoir en physiologie pratique, en médecine, et surtout en matière de pressentiments !
Des transitions qui s'opèrent, en rêve, au moyen des abstractions que fait £ esprit. — Voici encore un sujet qui aurait pu trouver place au chapitre de l'imagination et de la mémoire, s'il ne méritait, en raison de son importance relative, d'être tout particulièrement examiné.
Dès la première section de cet ouvrage j'ai parlé des abstractions, et de l'influence de ces opérations de l'esprit sur la marche et le tissu des rêves. Au moment d'entrer dans les détails analytiques que cette question comporte, je ne crois pas inutile d'exposer quelques considérations nouvelles, de nature à rendre plus claires les observations que j'aurai successivement à développer.
Entendons-nous bien, d'abord, sur la valeur que nous donnerons à ce terme & abstraction .
Doué de cinq instruments différents pour percevoir tous les objets qui tombent dans le domaine de ses sens, l'homme peut naturellement se faire de chaque chose une idée plus ou moins complexe, selon qu'un seul, ou que plusieurs, ou même que la totalité de ces moyens de percevoir ont concouru à la former. Qu'il aperçoive une étoile, la notion sensible qu'il en acquiert n'est évidemment qu'une notion simple, puisque la vue seule y participe. Qu'il tienne entre ses mains une orange, qu'il la frappe et la presse, qu'il la porte à son nez, puis à ses lèvres, il possède dès lors de cet objet l'idée matérielle la plus complexe qu'il lui soit donné d'acquérir, puisque tous ses instruments de perception y ont apporté leur concours. Est-ce à dire que toutes les propriétés d'un corps nousseront parfaitement connues, par cela même que ce corps aura subi l'expérimentation de nos cinq sens? Assurément non. Les objets que nous connaissons sous des rapports au nombre de cinq, parce que ce nombre est celui de nos sens, doivent être vraisemblablement percevables d'une infinité d'autres manières, dont l'ensemble constituerait cette science absolue des choses qui n'appartient qu'au créateur. Il peut donc exister, dans quelque planète, des êtres doués d'appareils sensoriaux si différents des nôtres que la manière dont une seule et même chose serait perçue