‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 216 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

et nous pourrons dès lors nous rendre compte des visions que voici :

« Je me crois menacé par un petit chien enragé qui s'est tapi devant moi, en forme de rouleau. Je lui mets le pied sur la tète, et je le roule ensuite sous mon pied ; l'abstraction de sa forme m'a fait songer à un véritable rouleau; cette idée abstraite de rouleau me conduit à songer que l'objet que je roule n'est autre qu'un gros flageolet, et alors, au lieu des hurlements du chien, j'entends sous mon pied des sons musicaux; ce qui me conduit à rêver aussitôt que j'assiste à une fête de village, dont le tableau vivant se trouve instantanément évoqué. »

Rien déplus incohérent, au premier abord que cette série d'images, rien de plus logiquement enchaîné dès qu'on a saisi le lien des idées.

Les transitions suivantes ne me paraissent pas moins faciles à expliquer :

« Je crois sortir de l'appartement d'un ami qui loge très-haut, et dont l'escalier sombre et tournant ressemble véritablement à un puits. Toute comparaison est basée sur l'abstraction d'une qualité commune. La comparaison qui s'opère, dans mon esprit, de cet escalier à un puits me fait songer aussitôt que je descends dans un puits. En arrivant au fond et en apercevant une nappe d'eau claire, j'oublie la route par laquelle je viens de

passer. Le ciel brille de nouveau au-dessus de ma

tête. Je me crois à l'école de natation. »

Un rêve dont j'ai déjà fait mention, à propos d'un autre ordre d'idées1, trouve ici trop naturellement sa place pour ne pas être rappelé ; c'est celui de cette jeune dame qui croyait voir mettre sur table, en guise de rôti, un gros monsieur de sa connaissance, et qui n'éprouvait ni surprise ni répugnance à s'en laisser offrir un morceau. Il est hors de doute, pour moi, qu'elle avait dû rêver d'abord qu'un dindon ou quelque autre volatile dodu était servi devant elle. L'envisageant alors au seul point de vue de son embonpoint, elle avait fait Y abstraction de cette manière d'être, puis elle l'avait reportée sur ce gras personnage, dont l'image s'était aussitôt substituée à celle de l'oiseau.

Le sentiment de la ressemblance émane d'une abstraction des formes extérieures. Un de mes amis rêve qu'il presse amoureusement une jeune fille sur sa poitrine. Bientôt il secoue le sommeil avec horreur, ayant cru reconnaître qu'il embrassait un garçon. Réveillé, il consulte sa mémoire, et se rappelle avoir remarqué déjà dans la vie réelle , une grande ressemblance entre les deux personnes dont le souvenir lui est revenu en songe,

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