‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 217 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

et dont la substitution s'est effectuée instantanément.

Une statue à laquelle nous rêvons peut devenir une personne vivante, par un même jeu de la mémoire; ou bien l'homme avec qui nous causons se transforme en statue, si sa pose ou son air nous rappellent quelque marbre dont l'image est demeurée dans nos souvenirs.

Un très-beau clair de lune amène facilement, comme transition par similitude d'aspect, l'idée du jour et du soleil.

En parlant des transformations graduées que l'imagination a le pouvoir d'opérer, j'ai cité une fantaisie artistique de Grandville, qui a crayonné une série de silhouettes commençant par celle d'une danseuse pour finir par celle d'une bobine. Il semble que ce soit la réminiscence de quelque rêve. J'en trouve un, dans mes cahiers, où l'on reconnaîtra le même enchaînement d'idéesimages :

« Je cherchais à me rappeler une chose, à laquelle je venais de penser et que je regrettais d'avoir laissé échapper de ma mémoire. Cette chose était, paraît-il, de forme carrée, du moins cette seule abstraction m'en était demeurée dans l'esprit. Je vis alors défiler devant moi, avec une rapidité extrême, toute une série de petits objets de forme à peu près carrée, tels que presse-papiers, carreaux

de faïence, cartes à jouer, paquets d'enveloppes, boites d'allumettes, etc., jusqu'à ce que l'objet poursuivi se représentât, lequel était définitivement un petit portrait que je m'étais chargé de faire encadrer. Je me demandai, en me réveillant, si cette observation pratique ne nous donnait pas la clef de la manière dont procède habituellement la mémoire, quand nous la pressons de retrouver quelque souvenir n'ayant laissé derrière lui qu'une vague notion de son passage à travers notre esprit. »

Il n'est point nécessaire, du reste, qu'on soit à la poursuite d'une réminiscence pour que ce genre de visions se produise en rêve; il suffit que l'esprit soit dans un de ces moments de torpeur, assez communs durant le sommeil, où, sans se soucier d'approfondir aucunement les choses, il se contente de les envisager superficiellement. C'est ainsi qu'une foule compacte dont les têtes nues sont tournées vers quelque spectacle , se transformera , par exemple, en un champ de pâquerettes, d'abord, puis en une vaste mosaïque parsemée de médaillons réguliers.

Est-ce au sens de la vue ou bien à celui de l'ouïe que nous rapporterons les abstractions fondées sur des ressemblances de mots? Une grosse queslion philosophique pourrait surgir de cette proposition, si j'entendais l'examiner au point de vue

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