TROISIÈME PARTIE
de l'influence qu'exercent les caractères de l'écriture et les sons de la parole sur le mouvement des idées ; mais je n'ai pas l'intention d'aller si • loin. Que ce soit la ressemblance des signes graphiques, ou que ce soit celle des consonnances verbales qui frappe l'esprit et favorise l'association, je n'envisage ici qu'un phénomène de la famille de ceux que j'analyse, et je suis d'accord avec M. Maury pour constater que bien souvent nos rêves lui doivent une partie de leurs rapides modifications.
« Je songe à une comète; la locution comète chevelue me revient en mémoire, et je vois une étoile avec de véritables cheveux. »
— « On appelle devant moi une femme de chambre qui se nomme Rosalie. Mon esprit met en action un affreux et détestable calembour. Je vois, en rêve, un lit à baldaquin dont les rideaux et la courte-pointe sont semés de roses. »
— « J'admire un manuscrit d'une écriture superbe. Je me dis qu'il est à' une belle main, et quelqu'extravagant que cela puisse être, je rêve que les caractères en sont tracés sur une belle main coupée et reliée. »
— « Je me crois aux Tuileries. J'aperçois une délicieuse jeune fille vers qui je me sens entraîné avec cet emportement qui est le propre des songes, et chez laquelle je rencontre une conformité de
sentiments bien naturelle puisque c'est mon imagination seule qui la fait parler et agir. Je lui demande comment elle se nomme. Sylvia, me répond-elle. J'ignore par quelle association ce nom fut amené, mais à peine est-il prononcé que je me trouve dans une forêt touffue , et que la jeune fille elle-même est devenue un petit oiseau bleu de ciel, perché sur mon épaule, non loin de mon oreille et bien près de mes lèvres aussi. »
Le mot Sjhia est la cause de toute cette métamorphose, où l'influence des mots sur la marche des idées n'est point la seule observation à recueillir. 11 faut remarquer encore dans ces exemples, comme dans ceux qui vont suivre, deux faits déjà signalés peut-être , mais qu'il n'est point hors de propos de rappeler chaque fois qu'une démonstration nouvelle en est apportée. Savoir :
1° Qu'il n'est point nécessaire que la trame d'un rêve soit logiquement suivie pour qu'elle soit réellement ininterrompue; en d'autres termes qu'on peut passer brusquement d'un tableau à un autre très-différent par une liaison d'idées étroitement unies, quelque décousues qu'elles puissent sembler ; et, par conséquent, que l'apparente interruption dans les visions qui composent le rêve ne prouvent nullement qu'il y ait eu interruption véritable dans leur défilé.