TROISIÈME PARTIE
commeil s'approchait de moi d'un air très-aimable, je cessai d'en avoir peur, je me mis à le caresser, et je jouais même avec lui quand je me réveillai. »
Je savais que cette artiste possédait un gros chat blanc, et j'appris de sa bouche qu'elle était allée au Cirque, deux jours avant de faire ce rêve, pour y voir un dompteur de lions.
— « J'imagine voir une dame en tenue d hiver, avec son manchon. Je pense à la fine tête de l'animal à qui cette fourrure appartint. Une tête de martre remplace aussitôt celle de la dame, et cette figure à la Grandville passe tranquillement devant moi, le manchon à la main. »
Dans ces deux derniers rêves, il y a mariage complet, fusion franche entre les deux ordres d'idées évoquées simultanément.
Voici encore un rêve qui ne laisse rien à désirer pour l'extravagance, mais dont je crois cependant avoir suivi pas à pas tout le développement :
« Je me sentais glisser dans un abîme au fond duquel, à une énorme profondeur, j'apercevais des flammes presque obscures, tant elles semblaient étouffées par une épaisse fumée noire qui les enveloppait. J'étouffais moi-même et j'étais aussi très-effrayé. — J'arrive au fond du précipice. Je plonge dans ces flammes et dans cette fumée sans éprouver aucun mal , et je me trouve au milieu dune vaste cave, où deux cuisiniers en bonnets
blancs s'occupaient à griller, non du café sur des charbons, mais des charbons sur du café embrasé. Je me sentais très-fatigué. Mon lit était là, je ne sais comment. Je voulus me coucher, et l'un des cuisiniers bassina mon lit avec sa machine à torréfier, non du café, mais du charbon. Je trouvai cela très-naturel, et je ne m'étonnai pas davantage de lui voir ouvrir ensuite sa machine, en jeter le contenu par terre et ramasser un des morceaux de charbon qui se brisaient en tombant, pour savoir quelle heure il était. Chaque cassure ronde de ces morceaux de charbon offrait l'aspect d'un cadran de montre, tout noir il est vrai, mais très-bien dessiné et marquant très-bien l'heure. — Je vis ainsi qu'il était minuit juste. Au même instant, les murs du souterrain s'entr'ouvrirent et j'aperçus une grande place déserte, avec une cathédrale sombre en perspective, se détachant sur un ciel blafard. J'eus alors comme le sentiment qu'il allait se passer quelque chose d'horrible, et l'émotion quej'en éprouvai me réveilla. »
Le point de départ fut, je crois, une cause pathologique. J'étais sous l'influence d'une oppression réelle qui me rappela tout d'abord, par analogie de sensation, ce que j'avais éprouvé quelques mois auparavant en visitant des mines , où Von descendait d'une manière aussi rapide que peu rassurante. Deux choses m'avaient particulièrement