DEUXIÈME PARTIE
L'orateur Aristides a laissé un livre d'éphémérides, où tous les songes qu'il prétend avoir faits durant une longue maladie sont minutieusement relatés.
Le roi Mithridate avait un recueil des rêves de ses concubines. Le songe de Dogdo, la mère de Zoroastre, ceux de Xerxès, de Darius, d' Astyage, etc. , cités par Hérodote, Quinte-Curce, Justin et tant d'autres auteurs sont là pour attester quelle confiance on accordait alors à la prétendue science onéirocritique, comme aussi le parti que les habiles et les ingénieux en savaient tirer.
L'histoire nous fournit également une infinité d'exemples de la foi aux songes chez le peuple romain. Tite-Live raconte qu'Atinius fut puni pour avoir différé d'entretenir les consuls d'un songe important qu'il avait eu. Hérodien, Pline, Valère- Maxime se montrent convaincus de la réalité de plusieurs traits merveilleux qu'ils rapportent et qui appartiennent au même ordre de faits. Enfin Cicéron lui-même, tout en combattant les superstitions de son temps, semble excuser le Sénat qui s'enquérait avec soin de tous les songes pouvant intéresser la chose publique. Il déclare qu'il n'est ni royaume ni cité où l'on ne se soit inquiété de ces mystérieuses révélations l.
\. De divinatione, lib. I.
On était loin d'ailleurs de s'en tenir à la seule interprétation des rêves fortuits. Dès l'antiquité la plus reculée, l'usage existait en Egypte, d'où il s'était répandu en Grèce et dans le reste de Yorbis vêtus, d'appliquer l'onéirocritie sacrée à la cure des maladies rebelles, par le moyen de songes provoqués et attendus. Diodore nous apprend que dans le temple d'Isis on s'endormait afin d'obtenir, en rêve, des secrets pour recouvrer la santé. A la fois médecins et pontifes, les prêtres de cette divinité possédaient et se transmettaient l'art d'endormir les malades et de pénétrer ensuite, assuraient-ils, la signification des songes lumineux qu'on leur racontait1. Cette pratique s'appelait incubation, et les prêtres en l'exerçant sacrifiaient aux incubes. Sprengel en cite plusieurs exemples2. Plaute y fait allusion quand il dit : If /cuba re satius te fuerat Jovi : « Tu aurais mieux fait d'aller dormir dans le temple3. » Ce même usage fut d'ailleurs si répandu que le docte Henry Coringhius a cru devoir publier un traité complet sur ce sujet, ayant pour titre : De in~ cubatione in fanis Deorum medicinse causa olim facta.
L'empereur Antonin Caracalla, fils de Sévère,