‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 3 sur 254 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

plus rares; la trame des incidents se montrait plus suivie, quelque bizarre qu'elle fût d'ailleurs. L'expérience m'avait prouvé maintes fois qu'il y avait eu simplement de ma part un défaut de mémoire, là où j'avais cru constater d'abord une interruption réelle dans le déroulement des tableaux qui avaient occupé mon esprit, et j'arrivais insensiblement à cette conviction, qu'il ne saurait exister un sommeil sans rêves, non plus qu'un état, de veille sans pensée. Je voyais en même temps se développer chez moi, sous l'influence de l'habitude, une faculté à laquelle j'ai dû la plus grande partie des observations consignées plus loin, celle d'avoir souvent conscience en dormant de ma situation véritable, de conserver alors, en songe, le sentiment de mes préoccupations de la veille, et de garder par suite assez d'empire sur mes idées pour en précipiter au besoin le cours dans telle ou telle direction qu'il me convenait de leur imprimer.

Sorti de l'enfance et de la période absorbante de quelques études spéciales, je fus curieux de savoir comment avait été traité par les auteurs les plus en renom ce sujet du sommeil et des songes que je n'avais encore étudié que sur moimême. Mon étonnement fut très-grand, je l'avoue, de reconnaître que les psychologues et physiologistes les plus célèbres avaient à peine jeté

quelques rayons d'une lumière indécise sur ce que j'imaginais avoir été de leur part l'objet dune élucidation directe., qu'ils ne donnaient la solution d'aucune des difficultés qui m'avaient surtout arrêté , et qu'ils soutenaient même , à l'égard de certains phénomènes, des théories dont l'expérience pratique m'avait souvent démontré la fausseté. Fixant dès lors tout particulièrement mon attention sur quelques-uns de ces mystères psychologiques les moins clairement compris, je résolus d'en surprendre l'explication durant le sommeil lui-même , en mettant à profit cette faculté dès longtemps acquise, de conserver fréquemment au milieu de mes rêves une certaine liberté d'esprit.

Les premières conquêtes de ce travail incessant m'encouragèrent si fort à le poursuivre que, durant plusieurs mois, j'en vins à n'avoir plus, pour ainsi dire, autre chose dans la tête. Réfléchissant pendant le jour aux questions les plus intéressantes à éclaircir, épiant, pendant les rêves où j'avais le sentiment de ma situation, toutes les occasions de découvrir ou d'analyser, je savais secouer le sommeil par un violent effort de volonté, chaque fois que je croyais avoir surpris tout à coup quelque opération de l'esprit particulièrement remarquable; et saisissant alors un crayon, toujours placé près de mon lit, je me

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