DEUXIEME PARTIE
grande énergie chez l'homme qui rêve, et cependant il n'est pas possible de supposer que les parties du cerveau qui sont le siège de ces deux facultés reçoivent plus de sang que les autres dont elles devraient partager l'inaction. »
Je serai très-heureux, pour ma part, de n'avoir pas à m'appesantir sur des explications du genre de celles-ci : « Quand le fluide nerveux est porté au cerveau, il y afflue toujours par les couloirs destinés à l'exercice de quelques-uns de nos sens, et voilà pourquoi il y réveille certaines séries d'idées préférables à d'autres. Ainsi, on croit voir quand c'est le nerf optique qui est ébranlé, entendre quand c'est le nerf auditif, etc. » Quels pas vers l'observation nous feraient faire des théories semblables? Qu'est-ce que ce fluide nerveux et qu'explique-t-il ? Qu'est-ce qui ébranle tantôt ce nerf optique et tantôt ce nerf auditif? A-t-on jamais vu , sinon bien exceptionnellement, des rêves où l'on entendît sans voir, ou bien où l'on vît sans entendre? Vouloir expliquer tous les phénomènes du songe dans leur principe même, c'est vouloir aborder le mystère insondable de l'union de l'âme et du corps. Contentons-nous d'observer de notre mieux le côté de ces phénomènes qui demeure sensible à notre entendement, c'est-à-dire la corrélation entre certaines impressions ou certains désordres physiques patents et
les illusions de nos rêves que l'expérience pratique nous signale comme en étant vraisemblablement la cause ou la conséquence.
Énumérant d'abord et analysant les théories de plusieurs physiologistes sur les causes du sommeil, Montfalcon avoue qu'elles ne lui ont absolument rien appris. 11 ignore toujours, dit-il, la cause de cette loi fondamentale qui soumet la vie des animaux à deux manières d'être, la veille et le sommeil. Ce ne seront donc pas les causes de cette loi; mais ses conséquences pratiques, qu'il s'agira d'étudier.
La vie, chez tous les animaux, présente deux manières d'être : la veille, pendant laquelle toutes les fonctions s'exécutent librement et avec régularité ; le sommeil, dont le caractère spécial est l'inaction plus ou moins complète et plus ou moins durable de celles de ces fonctions qui mettent l'animal en relation avec les objets extérieurs. On ne peut pas dire cependant avec quelques physiologistes qu'il vit moins pendant qu'il dort, qu'il est réduit alors à une existence moins compliquée, car d'une part les organes des sens et des facultés intellectuelles, les muscles des mouvements volontaires ne dorment point tous; de l'autre, l'énergie d'action de plusieurs organes de la vie est manifestement augmentée, et d'autres fonctions ont éprouvé des modifications sensibles.