‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 5 sur 254 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

système m'apparut alors si complète, l'embarras même de coordonner les matériaux que j'avais récueillis me sembla si lourd que le découragement succéda tout à coup à l'ardeur première ; et, absorbé par d'autres études, je laissai reposer celle-là.

Il m'eût été malaisé cependant de n'y plus penser; conservant toujours , dans la plupart de mes rêves, la conscience de mon état d'homme endormi, je revenais souvent instinctivement aux préoccupations qui m'avaient captivé durant plusieurs années. Un phénomène nouveau se revélait-il à mon esprit , une occasion s'offrait-elle fortuitement d'atteindre une solution longtemps cherchée, je ne résistais pas aujplaisir d'y donner mon attention tout entière ; et, bien qu'ayant renoncé véritablement à bâtir, je ne laissais pas cependant que de recueillir encore des matériaux.

Lorsqu'en 1855, la section de philosophie de l'Académie des Sciences morales et politiques vint à donner pour sujet de concours la théorie du sommeil et des songes, question qui semblait oubliée depuis longtemps, des amis, à qui j'avais communiqué déjà plusieurs fragments de mes recherches, m'engagèrent vivement à me placer au nombre des concurrents; mais indépendamment de ce qu'il m'eût été très-difficile, à mon point de vue, d'accepter le programme tel

qu'il était tracé -, j'eusse été toujours arrêté*, comme je l'ai déjà exposé, par l'impossibilité d'esquisser le plan complet d'un édifice dont quelques parties seulement se dessinaient clairement à mon esprit.

J'attendis toutefois avec impatience la publication du mémoire couronné. Je le lus avec avidité, et ce fut un mélange de regrets et de satisfaction pour moi que d'y trouver plusieurs faits expliqués comme je les avais compris moi-même, décrits d'ailleurs plus éloquemment que je n'aurais pu le tenter. Mais il me sembla reconnaître que M. Lemoine avait eu précisément à lutter contre ce grand obstacle qui m'avait effrayé; à savoir, l'obligation d'accommoder son sujet aux exigences d'un

\ . Le sujet mis au concours était ainsi exposé :

« Du sommeil au point de vue psychologique.

« Quelles sont les facultés de l'âme qui subsistent ou qui sont suspendues, ou considérablement modifiées dans le sommeil ?

« Quelle différence essentielle y a-t-il entre rêver et penser?

a Les concurrents comprendront dans leurs recherches le somnambulisme et ses différentes espèces.

« Dans le somnambulisme naturel y a-t-il conscience et identité personnelle?

« Le somnambulisme artificiel est-il un fait?

« Si c'est un fait , l'étudier et le décrire dans ses phénomènes les moins contestables, reconnaître celles de nos facultés qui y sont engagées et essayer de donner de cet état de l'âme une théorie, selon les règles d'une saine méthode philosophique.

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