PREMIÈRE PARTIE
cadre fourni d'avance. A côté de morceaux d'un bonheur extrême, il en est où les hésitations de la plume indiquent assez que fauteur eût préféré ne pas les écrire.
En faisant plus loin l'historique des opinions professées à différentes époques touchant le sommeil et les rêves, j'analyserai cet ouvrage ainsi que deux publications plus récentes de M. Alfred Maury et de M, le docteur Macario; mais je dois manifester, dès le début, que je regrette d'y voir disserter si souvent sur les afflux du sang, sur les fluides vitaux, sur les fibres cérébrales, etc., etc., considérations renouvelées de l'ancienne école qui n'expliquent, à mon sens, absolument rien. Nous connaissons trop peu les liens mystérieux qui unissent l'âme à la matière pour que l'anatomie soit notre guide dans ce que la psychologie a de plus subtil.
En résumé, malgré tout ce qui s'est publié de savant et d'ingénieux sur ce sujet du sommeil et des rêves, agité depuis qu'il existe des livres, il reste encore pour l'observateur pratique un monde entier à conquérir. Édifier un travail d'ensemble était une entreprise au-dessus de mes forces ; mais, semblable au voyageur qui supplée à son défaut de science par l'exactitude de ses aperçus, je puis apporter aussi mon contingent de notions nouvelles.
Je ne suivrai point d'autre méthode que celle
d'exposer mes remarques et mes idées dans l'ordre où l'entraînement de la logique et de la discussion me paraîtra les appeler, de telle sorte que je ne m'imposerai aucune classification rigoureuse, et que je reviendrai sur les mêmes faits chaque fois qu'il y aura lieu de les envisager à un point de vue différent, ou d'en tirer quelque induction nouvelle. Je tâcherai de dire le plus nettement possible ce que j'ai senti, éprouvé, reconnu, ce que des expériences réitérées me font tenir pour certain, ou ce que je crois seulement avoir entrevu.
Enfin, selon les termes d'une comparaison dont j'ai précédemment fait usage, je fournirai ma part de matériaux pour l'édifice à mettre en œuvre, laissant à quelque architecte plus puissant le soin de les compléter et de bâtir.
Le journal de mes rêves et les premiers résultats que j'en obtiens. — Je m'accoutume à me rappeler de mieux en mieux ce que j'ai rêvé, et j'arrive à la conviction qu'il n'est point de sommeil sans rêves. — J'acquiers ensuite l'habitude de savoir, en rêvant, que je rêve, et j'observe dans cet état les opérations de mon esprit.
J'ai dit que j'avais treize ans, lorsque je commençai à tenir très-régulièrement le journal de