DEUXIÈME PARTIE
exemple, et cette remarque amène tout naturellement sous ma plume une réflexion qui plus d'une fois s'est présentée à mon esprit :
N'existerait-il pas entre les lois qui régissent nos facultés physiques et celles auxquelles nos facultés intellectuelles sont soumises, une analogie régulière, bien digne d'appeler l'attention?
De même qu'il y a, durant le sommeil, redoublement d'activité des forces vitales, internes et passives du corps humain, favorisé par la suspension des forces expansives d'action, le même redoublement de puissance et d'intensité se développe dans ce que j'appellerais volontiers les forces passives intellectuelles, telles que la mémoire, et l'imagination abandonnée à elle-même, tandis que, sensiblement affaiblies, l'attention et la volonté, ces forces expansives de l'âme, ne peuvent plus s'exercer sans effort1.
Les fonctions passives de la vie matérielle s'accomplissent avec d'autant plus de puissance et de régularité durant le sommeil que nous n'exerçons plus aucune action sur elles, et, dans le même temps, l'imagination et la mémoire semblent d'au-
1 . Je repousse l'opinion des physiologistes qui veulent que l'exercice de l'attention et de la volonté soit totalement suspendu dans nos rêves ; mais je ne vais point jusqu'à dire que ces facultés conservent habituellement toute leur énergie pendant le sommeil.
iHî LES RÊVES.
tant plus absorber ce que la vie intellectuelle a d'énergie que l'attention el la volonté cessent davantage de les influencer. En vain demanderait-on pendant la veille, à la mémoire et à l'imagination, ces conceptions extraordinaires, ces réminiscences à la fois si lointaines et si nettes qui se produisent d'elles-mêmes, alors que le dormeur assiste comme un spectateur au jeu spontané des facultés passives de son entendement.
La mémoire et l'imagination seraient donc, comme les organes de la vie interne, infatigables. L'attention et la volonté, comme les organes de la vie expansive, auraient seules besoin de repos.
Si Montfalcon reconnaît l'inutilité de chercher à définir ces causes premières du sommeil qui font partie du grand secret de la création, il veut du moins spécifier les causes efficientes directes, qu'il nomme causes secondaires, et qu'il divise en six classes en leur donnant des noms significatifs.
Ces distinctions pourront avoir leur utilité pratique quand il s'agira d'étudier les songes dans leur origine et dans leur développement. C'est pourquoi je les mentionne volontiers. Ce sont donc:
« 1 ° Circumfusa. Le climat, la nuit, l'obscurité, le froid qui refoule la vitalité au dedans, et conduirait même à la mort si l'on y cédait, etc.