‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 8 sur 254 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« 7 juillet. — (Après avoir détaillé quelques particularités d'un songe de la nuit) : Ceci me rappelle à l'instant le rêve du jeudi de l'autre semaine, dont je ne m'étais pas souvenu du tout à mon

réveil. J'étais aussi en bateau etc. (Suit

le récit du rêve, et, à la fin : ) Ce n'est pas la première fois que je me rappelle seulement après plusieurs jours des fragments de songes dont je ne m'étais pas souvenu le jour même ; mais c'est la première fois qu'il m'arrive de m'en rappeler un tout entier et si longtemps après. Cela m'étonne, parce que j'avais remarqué au contraire plusieurs fois que, pour se bien souvenir des détails d'un rêve, il fallait les noter aussitôt en se réveillant, avant d'avoir pensé à autre chose. » Cette dernière réflexion sera plus loin le sujet de quelques observations spéciales. Quant à présent, je me borne à signaler que six mois d'une attention suivie et d'un exercice journalier avaient suffi pour accoutumer mon esprit à conserver toujours, au moment du réveil, le souvenir des rêves de la nuit.

Depuis cette époque, et pendant plus de vingt ans, il ne m'est pas arrivé une seule fois d'interroger ma mémoire au réveil, non -seulement sans qu'elle ne me fournisse aussitôt la notion d'un songe , mais encore sans qu'elle ne m'en reproduise aussitôt toutes les circonstances principales.

INos occupations et nos préoccupations habituelles exercent une grande influence sur la nature de nos rêves, qui sont généralement comme un reflet de notre existence réelle. C'est là une vérité qui touche à la banalité de fort près, et que je croirais inutile de consigner si ce n'était justement à sa conséquence immédiate que j'ai dû cette facilité de m' observer moi-même, origine des observations que je publie aujourd'hui. L'habitude de penser durant le jour à mes rêves, de les analyser et de les décrire eut pour résultat de faire entrer ces éléments de ma vie intellectuelle ordinaire dans l'ensemble des réminiscences qui pouvaient se présenter à mon esprit durant le sommeil. Il m'arriva donc une nuit de rêver que j'écrivais mes songes, et que j'en relatais de trèssinguliers. Mon regret fut extrême au réveil de n'avoir pas eu conscience en dormant de cette situation exceptionnelle. Quelle belle occasion perdue! me disais-je; que de détails intéressants j'aurais pu recueillir! Cette idée me poursuivit plusieurs jours et, par cela même qu'elle assiégeait mon esprit, le même songe ne tarda guère à se reproduire, avec cette modification toutefois que, les idées accessoires ralliant désormais l'idée principale, j'eus parfaitement le sentiment que je rêvais, et je pus fixer mon attention sur les particularités qui m'intéressaient davantage, de

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