‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 83 sur 254 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

et qu'il a faite autant et plus même pour d'autres encore. Ainsi le sommeil est le sommeil du corps; mais il agit sur l'âme par une occasion si merveilleusement ménagée qu'on pourrait croire que la distraction de l'âme et l'oubli de la réalité sont le but direct du sommeil des organes.

« Si les actions de l'âme sont plus faibles, ses sensations plus lourdes, ses pensées plus indécises, c'est à la torpeur des organes qu'il faut en attribuer la cause, mais l'esprit ne connaît pas le sommeil. » (Page 58) \

A mesure que l'on avance dans l'examen de ces questions si complexes, on se voit entraîné à traiter

4. Déjà Jouffroy avait abordé remarquablement cette question dans le passage suivant :

« Dans l'état de pure rêverie, nous laissons aller notre esprit à son gré; il part de l'idée qui l'occupait au moment où nous lâchons les rênes, et celle-là lui en rappelant une autre, celle-ci une troisième, cette troisième une quatrième, et ainsi de suite, il voyage ainsi à l'aventure et parcourt une série de pensées qui n'ont entre elles d'autres liens que les capricieuses associations qui les ont amenées à la file dans la mémoire.... C'est là, pour notre esprit, sa manière de se reposer; il n'en a pas d'autres. Ce qui le fatigue, ce n'est pas l'activité; l'activité est son essence; l'absence de l'activité ne serait pas pour lui le repos, mais la mort. Ce qui le fatigue, c'est la direction de son activité, c'est la concentration de ses facultés sur un sujet. Cette concentration, qu'on appelle attention, le fatigue, parce qu'elle est un effort étranger à >on allure naturelle. Il travaille toute la journée comme le corps; mais quand vient la nuit, il se sent fatigué comme son compagnon, et convié au repos par l'assoupissement des organes; il s'abandonne à sa libre nature. Quelquefois aussi, il se donne

des sujets auprès desquels on avait cru d'abord que Ton pourrait passer sans s'arrêter. C'est ainsi que le désir de suivre pas à pas M. Lemoine va nous conduire un moment dans les domaines limitrophes du pays des songes proprement dit. Il s'agira des fonctions du cerveau, en tant que représentant de l'âme, et instrument de ses commandements.

« On a tour à tour défini l'âme, » dit l'auteur du mémoire couronné par l'Institut, « une intelligence servie puis asservie par des organes; ni l'une ni l'autre de ces définitions ingénieuses ne sont vraies ; il serait plus juste de les réunir. L'âme est plutôt une intelligence servie et à la fois asservie par des organes.

« Une des plus belles et des plus récentes applications de la science peut nous fournir une image de l'état de l'âme et du corps, dans la veille et dans le sommeil , dans la santé et la maladie. Sans admettre cette hypothèse ingénieuse, mais trop peu autorisée jusqu'ici, qui fait circuler dans les nerfs un fluide électrique, qui fait des substances blanche et grise du cerveau les deux principes opposés d'où le fluide s'échappe sans cesse ; dans la veille et la santé, le cerveau et le

congé pendant le jour; et il a si bien conscience de l'identilé de ces deux états, qu'il appelle l'un V état de rêve et l'autre Cétat de rêverie. »

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