‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 84 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

système nerveux sont comme un foyer d'électricité, d'où partent en tout sens les rayons conducteurs, du dedans au dehors, du centre aux extrémités, où aboutissent aussi d'autres rayons qui convergent du dehors au dedans, des extrémités au centre, en un mot comme le double système de va-et-vient d'un télégraphe électrique. La double machine fonctionne de Paris à toutes les villes frontières et de celles-ci à la capitale.

« Il en est vraiment ainsi du cerveau et des cordons nerveux. Les nerfs de la locomotion sont les fils qui rayonnent, ceux de la sensibilité les fils qui convergent; le cerveau est la batterie et le cadran ; l'âme, libre et intelligente, est l'employé au télégraphe, qui envoie les ordres et reçoit les dépèches. Tout va bien quand la machine est en bon état, quand les fils conduisent convenablement l'électricité que la batterie dégage. Mais supposons que les fils qui rayonnent du centre cessent d'être conducteurs parce qu'ils sont coupés ou mis en communication avec le sol, Paris ne cesse pas de recevoir les nouvelles de ses provinces, celles-ci ne reçoivent plus de la capitale aucune dépêche. Supposons, au contraire, que les rayons divergents soient intacts, et la communication des fils convergents détruits , Paris commande , les provinces reçoivent ses ordres ; c'est au tour de la capitale à demeurer étrangère au reste de la

France. Si, dans une partie quelconque de notre corps, les nerfs de la sensibilité pouvaient seuls perdre pour un temps leur propriété conductrice par l'effet d'une ligature ou de la paralysie, le premier cas se trouverait réalisé, l'âme commanderait au membre sans en recevoir aucune impression ; elle souffrirait au contraire de sa maladie sans avoir la puissance de le mouvoir, si, les nerfs de la sensibilité intacts, ceux de la locomotion étaient liés ou engourdis. »

Je serai loin de tomber d'accord avec M. Lemoine quant à l'usage qu'il entendra faire de cette iugénieuse comparaison pour expliquer la production des songes ; mais elle nous donne si bien la clef de sa théorie que je la cite in extenso trèsvolontiers.

« Lorsque les organes des sens, ouverts et vigilants, entretiennent la communication libre entre le monde extérieur et nous, les objets du dehors impriment aux nerfs de la sensibilité, à ceux de la vue, de l'ouïe, du toucher et de tous les organes des sens des mouvements de quelque nature qu'ils soient, qui, à leur tour, excitent en notre âme des sensations et des idées sur la cause desquelles nous portons aussi desjugements. La plupart du temps, ces jugements sont vrais, ces idées sont justes, ces sensations sont rapportées par nous à leur cause véri-

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