DEUXIÈME PARTIE
table; c'est ainsi que nous percevons l'idée des objets visibles qui sont devant nos yeux, des corps sonores qui frappent nos oreilles, en excitant l'extrémité des nerfs optiques et acoustiques, en faisant naître dans notre âme une sensation qui n'abuse pas notre jugement, et dont l'esprit place l'objet au dehors dans le monde qui nous entoure.
« Mais, lorsque les organes des sens, engourdis ou relâchés à leur extrémité périphérique, demeurent impassibles au contact des objets du dehors et ne font plus vibrer à l'unisson de leurs moindres mouvements les racines intérieures du cerveau, alors une cause organique intime et cachée peut seule, en un point quelconque de leur trajet que n'a pas envahi le sommeil, imprimer aux nerfs un ébranlement qui, lui aussi, pour être parti de plus près, n'en éveille pas moins un écho dans l'âme. Une sensation, une idée, un jugement se produisent; mais la plupart du temps, cette sensation nous abuse, cette idée est mensongère, ce jugement est faux. En vertu des lois qui associent dans l'esprit les idées aux idées, dans les organes les mouvements aux mouvements, dans l'homme les mouvements organiques aux pensées et les pensées aux modifications des organes, l'ébranlement nerveux, né seulement à l'intérieur, est suivi en uotre esprit de la même sensation et de la
même idée qu'il aurait produites, s'il eût pris naissance à la dernière extrémité du rayon nerveux ; bien plus, abusés par cette sensation, nous la rapportons à un objet extérieur qui ne l'a pas fait naître, mais qui plus d'une fois l'a produite telle que nous l'éprouvons. »
D'où il suit que :
« Le rêve, dans toute sa simplicité, dans toute sa pureté, sera l'hallucination * produite par le sommeil, c'est-à-dire ce mouvement intestin, ne dans les profondeurs du cerveau ou peut-être sur un point quelconque du trajet des nerfs de la sensibilité, qui éveille dans notre âme une sensation ou une image que n'a pas produite l'objet extérieur qu'elle représente ou qu'elle rappelle, et que notre esprit abusé rapporte cependant à cet objet fantastique comme à sa cause véritable (page 97).
« Le point de départ de tous nos rêves n'est
1. M. Lemoine veut établir une distinction entre les mots illusion et hallucination. « L'illusion, dit-il, a lieu lorsque notre esprit apprécie une sensation produite par un objet extérieur ; V hallucination, lorsqu'il rapporte à un objet extérieur (qui n'existe pas) une sensation produite par un ébranlement organique interne. »
D'après ce système il me semble qu'on ne pourrait guère avoir, en songe, autre chose que des hallucinations.
J'userai, pour ma part, indifféremment de ces deux expressions; et, de même que pour les mots rêve et songe , j'adopterai purement et simplement la synonymie que le dicionnaire de l'Académie leur attribue.