‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 86 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

donc autre chose qu'un de ces mouvements aveugles des organes intestins, imperceptibles pendant la veille, mais qui devient sensible au milieu du silence du monde extérieur, devenu étranger pour nous; à chaque instant, de nouveaux ébranlements fournissent ensuite les matériaux de nouvelles illusions. » (Page 106.)

Ce système peu spiritualiste conduit Fauteur à décider que les phénomènes de la folie, du délire, etc., ont la plus grande analogie avec celui du rêve, puisqu'ils résultent uniformément, selon lui, de fausses perceptions transmises mécaniquement au cerveau par des fibres malades.

Deux objections bien simples, mais assez difficiles à écarter, me paraissent surgir d'abord à l'encontre de cette façon d'expliquer tous les phénomènes du rêve et de la folie par un ébranlement morbide des nerfs de la sensibilité sur un point quelconque de leur parcours.

En premier lieu, c'est que le rêve, comme l'hallucination de l'homme éveillé, présente souvent des images dont il serait difficile d'expliquer Yétrangeté par des sensations analogues empruntées à l'état de veille ou de raison.

Ensuite, c'est qu'une hallucination du dormeur ou de l'insensé ne se borne presque jamais à une erreur de la vue, de l'ouïe ou du toucher isolément. Elle est presque toujours complexe, en rêve

du moins; c'est-à-dire que nous croyons voir, toucher, entendre tout à la fois le fantôme qui est le produit de 1 hallucination. Il faudrait donc, pour justifier la théorie ci-dessus proposée, qu'il arrivât de deux choses Tune :oubien que j'eusse toute seule une hallucination de la vue, de l'ouïe, du toucher, ce qui advient peut-être chez les fous, mais ce qui n'arrive guère en songe; ou bien qu'au moment où cette cause instestine , ce jeu anormal de quelque fibre, du nerf optique, par exemple, me fait croire faussement à l'apparition d'un fantôme, il y eût précisément un autre jeu anormal du nerf auditif pour me faire croire de même que ce fantôme me parle ; et si le fantôme vient à me toucher, c'est encore par un accord merveilleux de circonstances anormales de la part des nerfs du tact.. — Inutile d'insister sur ce qu'une pareille thèse aurait d'insoutenable. M. Lemoine le sent bien, .et voici comme il s'en tire : « Supposez que la fièvre précipite le sang dans ses vaisseaux, que les fumées du vin montent jusqu'à mon cerveau, qu'une inflammation de quelqu'une de ses enveloppes produise dans l'encéphale quelque dérèglement, ou même que, dans l'état de santé le plus complet, un de ces mille mouvements qui naissent sourdement et sans être aperçu soit excité tout à coup dans ses profondeurs; ma raison, si ferme d'ordinaire, s'égare;

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