DEUXIÈME PARTIE
je vois un fantôme qui n'est pas devant moi ; j'entends des paroles qu'aucune bouche ne prononce; je suis le jouet d'une hallucination. Ma main pourrait sans doute se promener dans l'espace, me convaincre que cette image n'a point d'objet; mais la maladie m'en a enlevé l'usage, la terreur me glace et m'interdit le moindre mouvement ou bien l'organe déréglé redouble les sensations, accumule les images, m'étourdit par la rapidité de leur succession ou les représente, toujours les mêmes, avec une telle clarté, avec une telle obstination que le tableau fantastique efface l'image de la réalité. Je ne puis douter de
ir
pui
l'existence d'un objet dont l'image est si vive et si persistante, j'affirme qu'il existe ; bien plus, ï erreur se propage, je V entends , je le louche, ma raison n'est plus ; la fièvre, l'ivresse, la folie m'en ont ravi l'usage. » Je V entends, je le touche (l'erreur s'est propagée) ; voilà une façon commode de dénouer le nœud gordien. Tout à l'heure, la terreur ou la maladie empêchait ma main de se promener dans T espace pour reconnaître l'erreur ; maintenant je touche, à ce qu'il paraît, le fantôme, je l entends aussi me parler. Et pourquoi ? et comment, s'il vous plaît? La raison n'est plus là, dites-vous. Il est clair que la raison fait toujours défaut en ces sortes de phénomènes; mais j'avoue que l'aveu de ce résultat ne m'explique
nullement comment on y est arrivé. Ces mille mouvements qui naissent, me dit-on, dans les profondeurs de l'encéphale, outre qu'ils ne sont peutêtre qu'un produit du cerveau de l'auteur, ne m'expliquent absolument rien. — Si de tels mouvements existaient, s'ils pouvaient se produire aussi facilement, chez un homme dont le cerveau n'est pas malade, toutes les nuits, chaque fois qu'il dort, et cela par le seul fait de l'immobilité et de l'inaction, est-ce qu'on ne verrait pas quelquefois le même phénomène se reproduire dans l'état de veille? est-ce que chacun de nous ne serait pas exposé ainsi chaque jour à subir les hallucinations de quelque sens? Je veux bien qu'étant éveillés, et n'étant pas toujours soumis à la fièvre ou à la terreur, nous pourrions rectifier, par le témoignage des autres sens, ce que cette impression de l'un d'entre eux aurait eu de mensonger; mais enfin le fait de l'hallucination n'en aurait pas moins eu lieu. Or, est-il quelque lecteur qui se rappelle avoir jamais rien éprouvé de semblable en pleine santé?
Une dernière remarque sur ce système. M. Lemoine suppose qu'une première hallucination, du sens de la vue, par exemple, ayant été provoquée par quelque petit ébranlement fibral des nerfs optiques, sa seule puissance contagieuse suffit aussitôt pour entraîner également des hallucinations