DEUXIÈME PARTIE
de l'ouïe et du toucher. Il admet donc que l'imagination possède par elle-même la force d'agir aussi puissamment que tous les menus agents cérébraux? Or, si l'intervention (purement théorique") de ces agents n'est pas indispensable, à quoi bon substituer la fantaisie à l'observation ?
Des réflexions analogues seront inspirées par un autre passage du même chapitre. Après avoir insisté sur cette idée que les organes fournissent la matière du rêve, l'auteur nous montre l'esprit se livrant à la tâche laborieuse et difficile de coudre ensemble toutes ces perceptions disparates, pour en former une trame quelconque, pareil à l'improvisateur qui cherche à marier entre eux des bouts-rimés.
« G'est-là, » s'écrie-t-il, « qu'il faut reconnaître le travail propre de l'esprit du dormeur qui relie les uns aux autres toutes ces bribes, tous ces lambeaux, le moins invraisemblablement possible, le plus conformément qu'il peut aux lois delà nature.
« Quels efforts ne fait-il pas pour trouver des transitions, pour expliquer la présence de celui-ci ou de celui-là, pour créer des rapports absurdes entre des personnages que séparent des siècles et des mers? Malgré ce travail de la pensée , les rêves sont incohérents ; mais la faute en est aux données même du rêve et non à l'ouvrier. » (Page 134.)
Mais si, comme moi, vous accordez à l'esprit de l'homme endormi cette activité prodigieuse, si vous lui reconnaissez assez de pouvoir et d'initiative pour inventer des incidents transitoires, pour évoquer les images diverses que ces transitions entraînent généralement, pourquoi donc n'évoquerait-il point lui-même des séries entières de tableaux, en suivant tout simplement le cours de ses inspirations propres? A défaut même d'expérience pratique, et à ne voir là qu'une théorie, celle-là du moins n'aurait-elle pas plus d'apparence de réalité que celle de ces continuels ébranlements cérébraux, et de ce perpétuel travail de rapiéçage auquel l'esprit serait condamné?
Si l'étude des rêves n'a pas fait plus de progrès jusqu'à ce jour, c'est peut-être parce que la plupart des auteurs qui ont traité ce sujet se sont efforcés de rechercher des causes au lieu de s'attacher à étudier des effets, suivant en cela une méthode toute contraire à celle dont on a fait usage avec tant de fruit dans l'étude des sciences positives, telles que la physique et la chimie. Déjà Maine de Biran avait adopté cette méthode vicieuse des théories préconçues. Tous les songes, selon lui, doivent se ranger en quatre catégories, sans qu'il y en ait une seule qu'il ne rapporte à l'influence des organes, grâce à la concentration de la sensibilité dans l'un d'entre eux. Concentrée dans les