‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 90 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

plus positives, je suis loin d'accorder aux causes organiques une aussi large influence sur l'origine et sur la marche de tous nos rêves. Assurément, il arrivera parfois que des impressions du dehors ou des mouvements intestins viendront en modifier le cours, soit en y introduisant divers éléments d'incohérence, soit en brisant subitement la trame du rêve ; mais ce fait sera l'exception au lieu d'être la règle constante, et chaque fois d'ailleurs qu'il se produira, ce sera, suivant moi, par quelque cause directe, efficiente et réelle, telle qu'une piqûre, un bruit fortuit, une souffrance interne , et non par ces prétendus ébranlements spontanés de fibres auxquels que je ne vois nulle raison d'ajouter foi.

Par l'analyse que je donnerai de plusieurs rêves, j'essaierai de prouver que l'association des idées préside .seule, en général, à la marche du rêve. Elle suffit pour enfanter ces anomalies étranges, ces bizarreries et ces incohérences, qui semblent inexplicables à M. Lemoine sans l'intervention de tous les petits moyens théoriques dont il se plaît à faire jouer le mécanisme dans les profondeurs de notre cerveau.

Aux premières pages de cette étude, j'ai comparé les innombrables souvenirs accumulés dans les arcanes de notre mémoire à ces énormes séries de clichés dont les photographes en renom ont de grandes armoires pleines. Pour la création de

chacun de ces clichés, certaines conditions, certaines opérations ont été nécessaires; il a fallu notamment la présence devant l'objectif d'un objet réel placé dans des conditions de lumière et de distance qui aient permis d'en obtenir bien nettement ce qu'on appelle le négatif. Les procédés employés pour tirer des épreuves seront ensuite tout différents de ceux qui ont été mis en œuvre pour la formation des clichés. Or, cet ordre de faits n'est peut-être pas sans analogie avec ce que nous pouvons observer à l'égard des impressions conservées par notre mémoire. De même que les procédés à l'aide desquels on fait passer les images du cliché sur le papier sont tout différents de ceux qui ont servi à créer ce cliché négatif, de même l'opération intellectuelle par laquelle l'esprit retrouve une impression dans la mémoire est tout à fait distincte de celle au moyen de laquelle fut gravé son cliché-souvenir . D'où j'arrive à cette conclusion, qu'à part son inconvénient d'être purement arbitraire, la théorie des ébranlements de fibres de M. Lemoine aurait encore le tort de nous engager dans une voie fausse, en voulant établir, entre le mécanisme psychologique du souvenir et celui de la perception directe, une similitude qui n'existe pas.

Si nous poursuivons la comparaison des clichés et des souvenirs, je ferai cette remarque encore :

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